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21.12.11

"PRINTEMPS"

De tout ce que j'ai entendu lors de ces congratulations et commémorations à l'infini à propos des "événements de l'année 2011", le plus clair pour moi c'est que l'islam risque d'être le grand gagnant de ces "printemps arabes". Non seulement il a gagné du terrain en Irak, non seulement les talibans risquent d'avoir le pouvoir tôt ou tard en Afghanistan (voire au Pakistan), mais la Tunisie est passée à l'islam et l'Egypte le risque aussi, une fois que ses troubles se seront calmés. Dans ce pays, c'est sûrement le parti le plus structuré et le moins corrompu, les populistes et populaires Frères musulmans, qui vont l'emporter dès qu'il y aura des élections. Alors les printemps arabes…

8.12.11

CEINTURE

J'ai écrit tout un post hier sur la ceinture de sécurité, sur le fait que dans les pays occidentaux très règlementaires et riches, on la met, et que dans les pays moins riches, on ne la met pratiquement jamais – même si toutes les voitures neuves du monde en sont équipées. Hélas mon post a été effacé pour une raison qui m'échappe. Je sais que je faisais aussi un lien avec le cinéma, mais je ne rappelle plus comment. La quintessence de cette remarque était pour moi que les gens du tiers-monde (expression vieillotte que j'utilise pour aller vite) rêvent de ressembler aux riches occidentaux, empruntent leurs modes de vie et leurs produits industriels, mais sans réelle raison. Par mimétisme, par complexe. Avoir l'air occidental valorise. Après, je crois que je disais que les cultures locales et ancestrales disparaissaient partout, et que même les notions d'art et d'histoire devenaient caduques. Ah oui, je faisais un lien avec un film russe vu récemment, où je m'apercevais que la société russe n'avait plus aucune culture (ceci étant corroboré par mes voyages dans ces régions), et que son cinéma actuel témoignait fidèlement de cette disparition. Je comparais avec Tarkovski et même Sokourov, dont les films sont truffés de références classiques et culturelles. Après je ne rappelle pas comment je concluais. Ça me reviendra peut-être. Tout ça pour dire que ceci n'est qu'un ersatz de ce que j'avais écrit hier, qui était mieux senti.

27.11.11

AMÉRIQUE (SUITE)

Une bande-annonce m'a fait penser à ça : l'Amérique est la part inavouée de notre psyché. Tout ce que l'on ressent d'enfantin, de grossier et de régressif, mais qu'on n'oserait sans doute jamais avouer ouvertement, se retrouve dans le cinéma américain. Il se charge de déverser à notre place les sentiments simplistes ou les désirs immatures de destruction que nous n'assumons pas. C'est d'ailleurs pour cela, dans le fond, pour toute cette infantilisation, pour ces phobies irrationnelles, cette folle énergie physique ou cinétique, ces explosions lactées ou brûlantes, que le cinéma américain est le plus abstrait de tous. Pour un Américain, le monde est un puzzle chatoyant et miroitant sur lequel il suffit de surfer avec une sucette dans la bouche pour être rassuré. C'est pour cela même que cette année comme tant d'autres vous ne trouverez pas de films américains (blockbusters) dans ma liste des dix meilleurs films de l'année qui va énerver ceux qui viennent voir sur ce blog quelle ânerie j'ai encore pu pondre. Je la publierai dans très peu de temps…

SYRIE

Les pays arabes projettent de cesser les relations avec Damas

C'est drôle comme là aussi il y a deux poids deux mesures. On a pilonné la Lybie qui avait un régime et une situation similaires, et on prend des pincettes, on tergiverse à l'infini avec la Syrie, en la menaçant mollement, en déclarant que “si ça continue, on va faire ci ou ça”. Je sais bien que j'en ai déjà parlé, mais je n'en reviens toujours pas. De toute façon je n'en démords pas : le plus horrible, c'est la Corée du Nord.

17.11.11

FIN

Je suis assez frappé par une curieuse conjonction, à partir de laquelle on ne peut certes pas généraliser. Mais bientôt on pourra presque parler d'effet de contagion. Il y a d'abord eu Krysztof Kieslowski dans les années 1990, qui a déclaré qu'il arrêtait le cinéma. Il a tenu parole et est mort peu de temps après, à 54 ans. Plus près de nous, ce fut Luc Besson, en 2006. Lui c'était du pipeau, ce qui ne nous étonne pas de la part de ce cinéaste qui n'a jamais brillé par sa franchise ni la rectitude de ses trajectoires et de ses projets. Ensuite il y a eu l'histoire cafouilleuse de Joaquin Phoenix, qui a juré qu'il se lançait dans le rap et arrêtait le cinéma. Cela a abouti au vrai-faux docu de Casey Affleck dont tout le monde s'est (royalement) foutu. Aujourd'hui, deux nouveaux cinéastes sont sur les rangs de la démission. Steven Soderbergh a prétendu vouloir arrêter pour se lancer dans la peinture, mais en même temps il prépare quatre nouveaux films comme réalisateur qui devraient le mener jusqu'en 2014 au moins. David Lynch c'est quasiment le contraire : il n'a jamais annoncé qu'il voulait arrêter, mais c'est bien ce qu'il fait. A part quelques courts métrages insignifiants (plus une pub), il n'a pas tourné de film depuis six ans, préférant se disperser entre musique, peinture et autres (création de boîte de nuit). Il dit lui-même qu'il n'a pas spécialement d'idée pour un nouveau long. Quant à Béla Tarr, lui, il répète à l'envi qu'il ne tournera plus. Pourtant il a à peine un peu plus de la moitié de l'âge de Manoel de Oliveira qui continue à battre les records à près de 103 ans (deux nouveaux films en route !). Tout ça apporte de l'eau à mon moulin concernant la fin du cinéma. Inconsciemment, notre époque se dit que les fictions de 1 à 2 heures que l'on va voir dans une salle sont obsolètes et qu'il faut trouver autre chose. Trop d'écrans partout et en tout lieu dévaluent le cinéma de fiction traditionnel. Du coup, je serais prêt à parier que le roman ou du moins le texte écrit acquièrent une plus value, un regain d'intérêt et de passion. Tout cela n'est bien sûr qu'intuition. De plus cela ne m'empêche pas de me lancer dans un nouveau projet de film. Mais dès que j'entrevois une autre possibilité je m'engouffrerai dans la brèche.
Tiens qu'est-ce que je disais ! Voilà ce que je viens de recevoir :
Bonjour,
Nous souhaitions vous informer de la fin du Tournage du nouveau film de Manoel de Oliveira, GEBO ET L'OMBRE. Film écrit et réalisé par Manoel de Oliveira, Gebo et l'ombre est l’adaptation de la pièce Gebo e a Sombra, écrite en 1923 par Raul Brandão.
Le Pitch : Basée à la fin du 19ème siècle, le film raconte l'histoire de Gebo, père de famille infortuné qui sacrifie sa vie et son honneur pour protéger son fils en fuite.
Avec Michael Lonsdale, Claudia Cardinale, Jeanne Moreau, Ricardo Trêpa et Leonor Silveira.
Production : MACT productions ( Martine et Antoine de Clermont Tonnerre ) et O Som e a Fúria ( Luis Urbano )
Distribution : EPICENTRE FILMS ( Daniel Chabannes )

31.10.11

FUMÉE

La suite sur James Benning et ses 20 cigarettes. Sans doute le travail le plus warholien de ce cinéaste que j'avais repéré il y a une dizaine d'années au festival de Berlin (dont il semble être un habitué). Il applique son minimalisme et son impassibilité à la figure humaine après avoir filmé par exemple des lacs ou des ciels en nombre précis. Pas sûr que la figure humaine soit aussi variée qu'un paysage, mais cette idée de filmer 20 personnes une par une fumant chacune une cigarette entière est hypnotique et nous renvoie à notre position de spectateur. C'est à mon sens encore plus fort que Shirin de Kiarostami où l'on voyait exclusivement les visages des spectatrices d'un film. Pourquoi regardons nous des films ? C'est extrêmement étrange, dans le fond. Pourtant, on ne se poserait pas une telle question à propos de Tintin de Spielberg ou Avatar de Cameron. Mais dans le fond quelle est la différence ? Certains en allant voir 20 cigarettes, même s'ils arrivent à tenir jusqu'au bout, pesteront sans doute en disant qu'ils ont perdu 1h40 de leur vie. Mais la vie n'est-elle pas un passe-temps ? Peu importe ce qu'on en fait, elle passe. On dispose d'un certain crédit, non-défini, au départ, qui finit par s'écouler. La vision d'un film est une activité comme une autre, et regarder un humain fumer une cigarette est certainement bien plus intense que voir des extraterrestres bleus volant sur des oiseaux bariolés. Ce qui me plaît aussi c'est la provocation que cela contient. Non seulement la cigarette donne une gestuelle particulière à quelqu'un qui autrement demeurerait immobile comme une bûche, mais c'est un acte stigmatisé par le politiquement correct, au nom de la santé et du bien être. La cigarette est sale et pernicieuse. Pourtant je ne peux même pas imaginer Humphrey Bogart sans une cigarette. Ce serait carrément obscène et/ou ridicule. 20 cigarettes nous rappelle donc aussi ce que nous avons perdu en bannissant cette habitude néfaste (je fais hélas partie de ces politiquement corrects). Evidemment ce n'est pas le sujet de 20 cigarettes. Le sujet c'est : qu'est-ce que le cinéma ? qu'est-ce que l'homme ? En gros, rien que ça ! Lol. Evidemment je ne vais pas me lancer dans une dissertation, mais s'il y a un film qui m'a stimulé récemment c'est bien celui-là. D'une certaine manière, Benning a trouvé une belle solution pour une idée que j'avais vaguement esquissée, et que je n'avais pas (encore) mise en œuvre, à part un ou deux essais : le portrait filmé…

25.10.11

PORTOS

Suis actuellement au Portugal où je me débats dans les riens du tout kafkaïens entre veille et sommeil. Visionnant un doc sur la Tchétchénie (produit par Kaurismäki) - Barzakh -, il m´est revenu que la communauté internationale a pilonné l´Afghanistan, bombardé la Lybie, couiné à propos de la Syrie et d´Israël (pour des raisons différentes), et rien moufté, quasiment, quand on a massacré la Tchétchénie. Il n´y a pas deux poids deux mesures, mais dix poids dix mesures.

18.10.11

TÉLÉ

Je suis en train de comprendre un truc très évident et assez énorme, en fait. Ce qu'on prédisait dans les années 1980 est en train de se produire petit à petit : le cinéma est en train de mourir. Pourquoi me dis-je cela : parce que des personnes très jeunes de mon entourage très proche préfèrent largement regarder des séries en streaming (ou téléchargées) qu'un long métrage de fiction. Dans leur cas, le cinéma passe au second plan. Si on fait le lien avec l'océan de têtes blanches de la projo d'hier, on peut dire, oui, que le cinéma en tant que tel appartient presque déjà à l'histoire. (Certes on peut dire que les séries c'est aussi du cinéma). Réflexion que je prolongerai ultérieurement. Il faut que j'aille voir un film… sur la disparition de la presse écrite. LOL
Je me permets de publier ici le commentaire brut de décoffrage mais très intéressant de Cham, qui apporte de l'eau à mon moulin. J'y reviendrai quand j'aurai plus de temps (et moins de flemme) :
"D'expérience, effectivement, à force de s'habituer aux séries il arrive un moment où un film devient quelque chose de difficile à digérer. J'ai regardé des séries de six saisons de 24 épisodes de 40 minutes, mais j'ai décroché devant des films de une heure et demi. Pas seulement à cause des séries je pense, mais d'internet même. D'une certaine attitude "si je ne sais pas, google le sais en quelques clicks". Pourquoi se contenter de n'ouvrir qu'un onglet quand on peut en ouvrir plein ? Pourquoi rester une heure et demi ou plus devant une histoire pleine de silence quand on me propose d'en suivre une plus développée et pleine de dialogues par petits bouts de 20 ou 40 minutes ? Les séries sont construites sur des principes d'efficacité, là où les films détiennent encore le droit de ne pas être immédiats, de ne pas être efficace (et comme en plus certain réalisateurs en abuse, ça n'aide pas). Il va probablement se passer deux choses : soit le cinéma va être cannibalisé par une télé efficace qui se permettra peut être de prendre le flambeau d'être cinématographique (certaines séries comme Breaking Bad reflètent déjà ça, mais déjà Twin Peaks avant elle avait de nombreuses qualités). Soit une génération de gens élevés aux séries va soudain sortir de sa tanière (aller, en pariant sur le fait que la plupart des réalisateurs commencent à la trentaine et que la moyenne d'âge de cette génération est 25 ans, on peut tabler sur d'ici 5-10 ans) et proposer des films qui marcheront sur le même type d'efficacité télévisuelle (un bon exemple serait Mission Impossible 3, écrit par un producteur/showrunner sur le mode des 4 actes dont la télévision américaine se sert pour placer de la publicité tout en maintenant le suspense.) Quelque part c'est un peu à cause de la nouvelle vague tout ça. Des gens doués en mise en scène, gavé de culture cinématographiques, et qui ont gravé culturellement dans les esprits que le réalisateur avait tous les pouvoirs sur l'histoire. Sans se douter que les générations suivantes seraient composées de plein de réalisateurs fan de série B qui ne sont pas auteurs mais qui profitent de ce pouvoir pour faire n'importe quoi (aussi bien scénaristiquement qu'en terme de mise en scène.) Et bien aujourd'hui, les "bons scénaristes" se vengent par la télévision où le réalisateur n'est plus qu'un technicien au même titre que les acteurs et où l'histoire a le pouvoir. Et la génération google sans concentration va là où on peut capter son attention efficacement." Cham

15.10.11

ROMANTIC/GOTHIC

Je n'arrive pas très bien à faire la distinction entre gothique et romantisme anglais. Sans doute n'y en a-t-il pas. Ainsi le plus célèbre des romantiques britanniques, ou quasiment, Lord Byron, fut-il à l'origine d'un genre dont le succès perdure aujourd'hui. Séjournant en mai 1816 avec ses amis Shelley au bord du lac Léman en Suisse, il proposa pour égayer leurs longues soirées de printemps que chacun d'entre eux écrive une "histoire de fantôme”. Il rédigea lui-même le brouillon d'une intrigue dont son ami John William Polidori fit une nouvelle intitulée Le Vampire, parue en 1819, et considérée comme la première de cette veine féconde. Quant à Mary Shelley, l'épouse de son ami poète Percy Shelley, autre vedette du romantisme, elle commença au même moment et au même endroit Frankenstein, qui a eu la postérité qu'on connaît.

12.10.11

PUBLICITÉ

A quoi sert la publicité exactement ? Pour ma part j'y suis totalement insensible. Déjà je ne regarde plus la télé. Mais même lorsque je l'avais je zappais systématiquement à chaque fois qu'elle passait. Je croise bien sûr des pubs dans les transports en commun, les journaux et sur Internet, mais je n'ai pas le souvenir d'avoir acheté une marque après l'avoir vue dans une pub. On va certainement me prétendre que la pub agit insidieusement sur l'inconscient. Sans doute, mais encore faudrait-il me prouver que j'ai vu des produits que j'achète dans une pub avant de les acheter. Je ne pense pas que cela ait un gros impact (quasiment nul à mon sens). Dans les journaux par exemple, il y a souvent des pubs pour l'alcool et pour le parfum. Or je n'en consomme pas. Etc. Bref, la pub ne sert à rien, il faut la détruire. Ce n'est qu'un exemple des choses inutiles qui encombrent notre existence industrielle.

11.10.11

DOPE

S'il y a une crise, c'est parce que les traders se droguent

(Slate.fr)

3.10.11

PÉDALER

Pourquoi les politiques sont-ils tous des fétichistes industriels?

Titre d'un très intéressant article d'un certain Alexandre Delaigue (économiste) dans Libération. Voilà qui apporte de l'eau à mon moulin. La classe politique n'a que des vues à court terme : il faut faire marcher la machine sinon tout se casse la gueule ; si on arrête de pédaler, on tombe. Or c'est justement ce qu'il faut faire : arrêter de pédaler et réfléchir comment on peut vivre autrement, sans foncer dans le brouillard à marche forcée. Comme le remarque Delaigue "la productivité augmente dans l'industrie plus vite que la demande". Je l'ai toujours dit, on est dans la surproductivité absurde et permanente. Il suffit d'aller faire un tour dans un hypermarché pour comprendre. Tout ce gâchis n'a qu'un but : entretenir une machine économique folle qui n'arrive pas à sortir de l'engrenage du profit (et de la spéculation). Profitez moins et répartissez mieux les profits, après ça ira mieux. Personne n'est capable d'envisager ça. Tant qu'elle ne (se) posera pas la question la classe politique n'aura aucune crédibilité. Elle sera toujours suspecte d'être un simple agent de l'industrie et de l'économie.

30.9.11

FRENCHICHI

Je ris presque (intérieurement) d'avoir vu un film tel que L'art d'aimer d'Emmanuel Mouret, qui concentre la part la plus dérisoire et anodine de l'esprit français (chichiteux). Quand je vois ça, je n'ai aucun complexe d'être moi aussi, à ma manière, dérisoire et anodin (évidemment ma manière est très différente). A propos d'esprit français, ma liste provisoire des dix meilleurs films de l'année ne comporte (pour l'instant) que deux films de notre verte et riante contrée : Dharma guns et Hors Satan. Cela reste en suspens. Je pourrais y inclure Lourdes, qui n'est pas complètement français. Il y a des choses que j'adore et d'autres que je déteste dans Dharma guns, donc il a des chances d'y être toujours à l'arrivée. Idem pour Hors Satan. Dans le fond, Dumont voudrait être un continuateur de Bresson et y arrive presque. Quant à Lourdes, c'est moins sûr (ça ronronne un peu). Le reste ? Peut-être The artist où, à force de parodie millimétrée et de singerie rétro, le cinéaste trouve quelques idées sublimes (c'est déjà beaucoup mieux que ses potaches OSS 117). Après ? Rien, morne plaine, que des immondices parisianistes (l'un des plus beaux étant Pater, sur lequel je me suis déjà légèrement étendu), des téléfilms sociohumanitaires, ou des brûlots romantocs de chez toc (Honoré qui n'est pas Balzac).

28.9.11

HUMANITÉ

Voilà le SMS que je me suis envoyé hier pendant une projo (je n'avais pas de crayon) : "Ce n'est pas l'humanité qui ne va pas mais le fait qu'il y ait une humanité". Je sais que c'est simple et naïf, hélas c'est pourtant vrai. Je me disais qu'il ne pouvait pas y avoir d'utopie, car personne n'est capable de penser l'utopie. On n'est capable de penser que le malheur et l'accident, et comment y remédier. L'homme est une fourmi pas un roseau pensant. Franchement je ne vois pas concrètement à quoi pourrait ressembler une utopie ou un idéal, parce que d'une certaine manière nous vivons dans le meilleur des mondes possibles. Si l'on dit qu'une utopie serait de supprimer sang, crime, violence, guerre, pauvreté, injustice, cela signifie qu'il faudrait aussi supprimer toute l'histoire, tout le cinéma, toute la littérature, et même une partie de la peinture, qui en sont pleins. Ce sont donc des exemples pernicieux. S'il n'y avait pas d'humanité, le monde ne serait pas parfait, mais il serait bien plus harmonieux et fonctionnel. La seule raison d'être de l'homme est de générer du désordre. Je n'en vois pas d'autre. Après, le désordre est peut-être une notion intéressante, dynamique, mais cela reste assez vain et/ou gratuit. Prenons un exemple : pour certains l'avenir du genre humain, c'est le métissage. Tout le monde sera mélangé, légèrement bronzé, et le racisme aura disparu. Je crois qu'ainsi on ne fait que déplacer le problème. Car on créera alors d'autres discriminations. De plus, malgré le racisme, je ne préconise pas le métissage, car on perdrait une partie de la variété qui fait l'intérêt de la vie. C'est mon côté anti-mondialisation. Evidemment je garde une certaine tendresse coupable pour cette humanité (je ne me vois pas vivre avec des otaries ou des scolopendres). C'est ma famille, je n'en ai pas d'autre. Mais elle est excessivement turbulente et elle a surtout tendance à ne pas réfléchir avant d'agir, donc à commettre toujours les mêmes erreurs, à faire des choses qu'elle est obligée de défaire l'instant d'après. On devrait vivre au ralenti et tout irait mieux. Il y a des choses que je trouve ridicules, voire puériles, mais dont personne ne semble se rendre compte. Exemple : le sempiternel feuilleton Israël/Palestine. C'est pitoyable. Depuis au moins 40 ans ces gens font toujours semblant d'aller vers un accord, et puis aboutissent systématiquement à un échec. Pourtant tous les politiques, tous les médias jouent (à) leur jeu, font semblant de croire à leur sincérité, au lieu de leur dire : "Vous vous foutez du monde !". Bon, je ferme le robinet de mes élucubrations. A suivre

18.9.11

BOUM †

Il y a des épisodes de l'histoire qui me font douter de tout. Par exemple, ces histoires de terroristes d'extrême-gauche dans les années 1970, RAF en Allemagne, BR en Italie, sans parler des Tupamaros en Uruguay (dont un ancien membre est l'actuel président de ce pays), ni de la JRA au Japon et de la SLA aux Etats Unis. Tous ces gens là se rêvaient en Mao, Lénine, Castro, et surtout Guevara. Mais ils n'avaient en général qu'une formation politique sommaire, aucun soutien sérieux (sauf la JRA qui émargeait au FPLP palestinien), aucun plan, aucune stratégie à long terme. Juste envie de foutre un peu le souk. Certains étaient d'ailleurs plus proches du gangstérisme que de la politique. Aujourd'hui on ne peut plus voir en eux que des alliés objectifs ou involontaires du capitalisme, qui ont empêché indirectement tous les mouvements d'extrême-gauche officiels de dépasser une audience minime. Non pas que je sois en faveur de l'extrême-gauche puisqu'elle sert des idées marxistes, qui ne sont fondées que sur une conception industrielle et productiviste de la société. Mais disons qu'entre deux maux on devrait toujours avoir le choix. Ce qui est loin d'être le cas. Tout ça pour dire que ces soi-disant justiciers sociaux, ces terroristes occidentaux (et autres d'ailleurs) censés secouer le cocotier de la civilisation et la faire trembler sur ses fondements n'ont été que des fantoches romantiques ayant justifié nombre de serrages de vis et la régression de la société droitière. Le fond du fond c'est que notre monde est totalement anarchique, livré aux délires du productivisme irraisonné, qui se fait fort quand il veut où il veut d'asservir encore plus puissamment les individus à coups d'objets inhumains, inutiles et destructeurs (à petit feu). Une chose est sûre et certaine c'est que la liberté ne sera jamais un produit Apple (comme celui sur lequel j'écris ces radotages).
P.S. J'ajoute un exemple symptomatique de cet asservissement, un détail absolument machiavélique, qui s'appelle les "mises à jour" de logiciel, qui vous sont proposées régulièrement sur votre ordinateur. C'est quasiment un moyen de flicage. Grâce à cela on s'assure que vous êtes toujours accro, que vous utilisez toujours votre ordinateur, et éventuellement que vous allez en acquérir un nouveau. Ce que je dis n'est pas très précis, mais c'est évidemment ça. Toutes ces myriades "d'applis" et autres visent à perpétuer la dépendance à toutes ces machines virtuelles dont vous ne questionnez plus la nécessité. Aujourd'hui, les gens n'utilisent plus les cartes routières : ils attendent que leur GPS leur mâche le boulot. On ne se sert plus de la technique, on est asservi par la technique.

6.9.11

PRÉSIDENT

Je ne m'inquiète pas tellement pour les élections françaises, qui ne devraient pas connaître de coup de théâtre majeur (entre Pinocchio et Oui-Oui, mon cœur balance), mais plutôt pour celles des Etats-Unis (novembre 2012), où je vois mal comment Barack Obama pourrait être reconduit. Certes, on a fait ouf quand il a gagné, on était soulagé d'être débarrassé du "moron" Bush, mais Obama a suscité des espoirs qu'il n'a comblés dans aucun domaine. C'est sans doute trop tôt pour conclure, mais c'est quelqu'un qui me semble trop neutre, voire effacé, qui n'a pas su manœuvrer, entre ses ennemis républicains et l'intelligentsia économique qui le musèle. Un homme de gauche dans un costume de droite, qui n'a jamais osé en faire craquer les coutures. Attendons nous à un retour de bâton de ce côté là du monde. Le pire c'est que l'histoire a désormais prouvé que la droite (en général) et ses options libérales étaient catastrophiques à long terme.

5.9.11

CLOCK ???

Plusieurs personnes s'extasient sur The clock, film de found footage de Christian Marclay projeté au Centre Pompidou ce week-end. Pourquoi cela fait-il événement ? Parce que le film dure 24 h et qu'il est fondé sur la présence à l'écran de cadrans de montres, d'horloges, et de pendules dans les extraits choisis. Ces cadrans étant synchrones avec la période de la diffusion, on n'a pas besoin de regarder sa montre pendant le film. J'en ai vu un bout sur internet. Honnêtement, à part le gimmick précité, cela ne me semble pas extraordinaire. Pendant ce temps, Matthias Müller et Christoph Girardet présentaient leur dernier court-métrage expérimental, Meteor, au festival de Venise. Ce qu'il font, eux, dans le domaine du found footage est totalement génial (je pèse mes mots), mais ils sont éclipsés par des malins comme Christian Marclay qui ne leur arrive pas à la cheville. Bref, il faut faire gros et grand pour faire parler de soi et obtenir des subventions.

30.8.11

J'ACCUSE !

J'accuse la presse de raconter n'importe quoi et de semer le désordre et la paranoïa dans le monde. Exemple : ce matin à la radio (France Inter), on entendait les uns et les autres déblatérer sur une bactérie tueuse, soi-disant rapportée de Grèce par une touriste, dont on disait qu'elle avait commencé à faire des victimes. Cet après midi, je passe devant un kiosque et je lis sur une affichette : "Alerte à la bactérie tueuse". C'est reparti pour la maladie de la vache folle, la peste aviaire, le SRAS, la grippe porcine, etc… Quelques heures après, voilà ce qu'on lit dans un communiqué : "Cinq personnes sont décédées en juillet à l'hôpital privé Jacques-Cartier de Massy (Essonne), après que le germe de la bactérie Klebsiella pneumoniae a été identifié dans cet établissement, mais ces décès ne sont pas liés à cette bactérie, a-t-on appris mardi 30 août auprès de l'Institut national de veille sanitaire (InVS)."
Bref, avant de se précipiter sur une info de peur de louper un scoop et d'en tirer des conclusions erronnées, la presse pourrait tourner sept fois sa plume dans son encrier, et wait and see, jusqu'à ce que les choses se soient décantées. Quand on parle de déontologie de la presse, ça me fait marrer. Les journalistes sont les gens les moins rigoureux du monde, des bavards prêts à raconter n'importe quoi pour la simple raison que dans l'immense majorité ce ne sont pas des gens très indépendants d'esprit, ni cultivés. Evidemment ils ne sont pas aidés par Internet, qui décuple le moindre ragot, y compris le pire. Il y a un autre problème : la presse appartient à des gens riches et puissants, donc elle est toujours prête à défendre sa classe, quoi qu'il arrive. Voir le cas DSK qui est un typique cas de lutte des classes. Aucune donnée dans ce qu'on a pu voir, lire ou entendre, ne prouve que l'homme politique n'a pas commis ce dont on l'accusait au départ. Pourtant, la presse en a rajouté avec complaisance sur les bévues de la victime, sur ses accointances fatales. Ce n'est pas parce qu'on n'est pas soi-même irréprochable qu'on ne peut pas avoir été victime d'un viol. C'est ridicule. Si un homme assassine un voleur, c'est tout de même un assassin.

24.8.11

L'ESSENCE DES CHOSES

"Total, le grand gagnant de la guerre en Libye"

Il y aura toujours des guerres autour et pour le pétrole. La fin du pétrole signifiera(it) tout simplement la fin du monde industriel tel que nous le connaissons. "La fin du monde industriel" ce n'est pas seulement celle des voitures broum-broum et des usines mais la fin de ce que le monde s'est habitué à trouver ordinaire et naturel : énergie, alimentation, communication, culture, loisirs. Ce sera tout simplement la fin de la civilisation occidentale telle que nous la connaissons. Si vous n'êtes pas prêts à ça, nos leaders non plus. Voilà pourquoi ils mourront, détruiront, massacreront plutôt que de renoncer à leurs IPhone, vacances à St Barth, ordinateurs, DVD, produits de beauté, bagnoles, jets, vêtements, jouets (pour leurs enfants), sans parler des produits alimentaires, qui risqueraient d'être réduits à peu de chose quand il n'y aura plus de pétrole. La frugalité que je préconise souvent sera peut-être plus brutale, radicale et impitoyable si on n'a pas commencé à l'envisager de façon volontaire et raisonnée.

GOD-ART

Je viens de découvrir qu'André "S" Labarthe avait tourné un film intitulé No comment dans lequel un panel de critiques anciens (Jean Douchet, Jean Narboni) et nouveaux (Cyril Neyrat et un autre que je ne connais pas) débattent du Film socialisme de Godard. Ça me fait un peu marrer parce que je me suis aperçu, il n'y a pas si longtemps, que Godard était un cinéaste presque idiot. Un genre d'élève de terminale attardé, qui passe son temps à recopier des citations dans un dico et les ressort à mauvais escient sans les comprendre. Comme Wenders auquel je faisais allusion récemment, ses films sont truffés (pas truffaut) de sentences qui claquent mais qui sont creuses. Genre son fameux : "Le cinéma c'est 24 fois la vérité par seconde". Dont Fassbinder avait pris le contrepied en affirmant : "Le cinéma c'est le mensonge 25 fois par seconde". Ce qui est un tout petit peu plus subtil parce qu'il dit 25, faisant allusion à la télé (25 images par seconde contre 24 pour le cinéma) et aussi parce que je préfère qu'on parle de mensonge que de vérité. Mais tout ça est tellement subjectif… Il y a pas longtemps je revoyais Le mépris en salle (pour accompagner quelqu'un), qui a naturellement ce côté sentencieux. Il démarre justement par une citation désastreuse : "le cinéma substitue à nos regards un monde qui s'accorde à nos désirs", attribuée à André Bazin. D'une part, la citation telle quelle ne veut rien dire : "substitue à nos regards un monde" —> donc remplace nos regards par un monde ! La vraie phrase est : "le cinéma est un regard qui se substitue au nôtre pour nous donner un monde accordé à nos désirs". D'autre part, elle n'est pas de Bazin mais de Michel Mourlet. Enfin, je ne suis même pas d'accord avec la phrase correcte. Le monde que dépeint le cinéma n'a jamais été en accord avec mes désirs. En tout cas rarement. Le cinéma n'est pas là pour satisfaire des désirs. A la rigueur pour en créer. Et encore… Ceci n'étant que quelques exemples de l'aspect ridicule (mais aussi parfois touchant) de Godard, qui est un peu la Madame Verdurin ou le Monsieur Jourdain du cinéma. D'un autre côté, il y a des choses que j'adore chez lui. C'est grâce à lui que BB est vraiment incroyable dans Le mépris (c'est le seul personnage intéressant, le seul personnage tout court). Godard est sans doute le plus grand représentant français (ou suisse) du pop art. Il a le sens de la musique, du cadre, du montage et de la plastique. C'était aussi un punk avant la lettre. Le plus énervant chez les gens comme lui, qui n'ont rien de moral ni d'éthique, c'est qu'ils font de la morale quand ça les arrange.