11.12.11

JE BOYCOTTE…

…d'emblée Le cheval de guerre de Steven Spielberg. Encore un cumulard/stakhanoviste/égotiste qui ne laisse pas de place pour ses petits camarades et croit avisé de sortir un deuxième film en tant que réalisateur quelques mois à peine après sa bouse tintinesque. Eh bien ça sera sans moi. Je vais encore me cogner le Eastwood (sauf si on me dit qu'il n'y a plus de places, ouf), et le Fincher (resucée de resucée de succès suédois bien amorti), qui m'intrigue un peu plus, enfin à peine. Encore un cinéaste surestimé dont on oublie qu'il est l'auteur de films tout à fait inexistants, comme Panic room, pur exercice technique (je ne me suis pas encore décidé à voir son Social network que j'ai en DVD).

9.12.11

LIVRES

Je lis assez régulièrement, en dehors des quelques bouquins historico-politiques qu'on me confie pour en faire la critique. Evidemment je ne m'intéresse pas aux livres à la mode. Rien à cirer. Enfin, j'ai quand même lu le dernier Houellebecq que j'avais trouvé abandonné dans un supermarché (endroit idéal pour cet écrivain). J'ai lu un autre Goncourt plus récemment, mais celui de 1999 : Je m'en vais, de Jean Echenoz. Celui-là je l'ai acheté en poche (des Editions de Minuit, je ne savais pas que ça existait). Eh bien, j'ai beau énormément apprécier Echenoz, son humour, son ton guindé/décalé — il est tout ce que Houellebecq voudrait être ; je soupçonne même ce dernier de s'être un brin inspiré de Je m'en vais pour La carte et le territoire, car il y a entre eux plusieurs points communs, notamment la description du milieu de l'art contemporain —, ce livre m'a légèrement déçu car il m'a semblé s'effilocher après un départ épatant. Peu à peu l'intrigue semblait devenir sans objet, vaine, plate. Dommage qu'il ait eu le Goncourt pour celui-là. J'avais largement préféré Lac ou Nous trois. Mais je ne me décourage pas. De plus ça fait longtemps que je veux acheter son Ravel (qui est un de mes musiciens préférés). J'ai lu un classique de la littérature russe, Oblomov d'Ivan Gontcharov, que j'ai adoré et qui pour moi fait peut-être la synthèse entre le satirisme à la Gogol (génial Les âmes mortes) et la mélancolie tchékhovienne. Au départ ça m'a agacé, ensuite ça m'a de plus en plus fasciné. Oblomov est évidemment un personnage immense, l'égal de Don Quichotte. Je ne vais pas m'étendre là-dessus, mais c'est ce que j'ai lu de plus fin et de plus juste dernièrement sur la condition humaine. J'avais vu jadis l'adaptation filmée du roman par Mikhalkov, mais elle est loin de m'avoir laissé une grande impression. Après j'ai voulu relire Le loup des steppes de Hermann Hesse, un classique de ma jeunesse. Bien mal m'en a pris. Je déteste, et n'ai pu le terminer qu'en diagonale. Un fatras allégorique. Il y a d'autres Hermann Hesse bien plus lisibles à mon sens, comme Narcisse et Goldmund, Peter Camenzind, qui est une sorte de Loup des steppes en bien moins prétentieux, ou même la bible des hippies, Siddhartha. Après j'ai commencé à lire Images d'un jour de pluie, des textes de jeunesse épars de Jean Giono, dont j'apprécie toujours autant la langue. Je ne l'ai pas terminé, mais je le reprendrai dès que j'aurai terminé ce que j'ai en train : Cabeza de vaca, relation de voyage (1527-1537). Soit le journal d'un conquistador espagnol, perdu au sud des futurs Etats-Unis à la fin du XVIe siècle. Le Mexicain Nicolas Echevarria en avait tiré un film de toute beauté. Le livre ne ressemble pas beaucoup au film : il est plus terrible, plus sordide. Je ne l'ai pas encore terminé, mais il m'a déjà guéri du rousseauisme. J'ai compris que les êtres primitifs étaient aussi souvent les plus misérables, qu'ils crevaient la faim et s'entretuaient. La relation d'Alvar Nuñez, dit Cabeza de
vaca, est à rapprocher des parties les plus "tristes" de Tristes tropiques de Claude Lévi-Strauss. Etre indien n'était pas une sinécure et être leur esclave pas une partie de plaisir. J'adore le style du récit, d'une sécheresse à ravir. Marcel Proust devrait en prendre de la graine…
P.S. Vu un film étrange hier, dont je ne sais pas si c'est du lard ou du cochon : Maître du monde (photo).

8.12.11

CEINTURE

J'ai écrit tout un post hier sur la ceinture de sécurité, sur le fait que dans les pays occidentaux très règlementaires et riches, on la met, et que dans les pays moins riches, on ne la met pratiquement jamais – même si toutes les voitures neuves du monde en sont équipées. Hélas mon post a été effacé pour une raison qui m'échappe. Je sais que je faisais aussi un lien avec le cinéma, mais je ne rappelle plus comment. La quintessence de cette remarque était pour moi que les gens du tiers-monde (expression vieillotte que j'utilise pour aller vite) rêvent de ressembler aux riches occidentaux, empruntent leurs modes de vie et leurs produits industriels, mais sans réelle raison. Par mimétisme, par complexe. Avoir l'air occidental valorise. Après, je crois que je disais que les cultures locales et ancestrales disparaissaient partout, et que même les notions d'art et d'histoire devenaient caduques. Ah oui, je faisais un lien avec un film russe vu récemment, où je m'apercevais que la société russe n'avait plus aucune culture (ceci étant corroboré par mes voyages dans ces régions), et que son cinéma actuel témoignait fidèlement de cette disparition. Je comparais avec Tarkovski et même Sokourov, dont les films sont truffés de références classiques et culturelles. Après je ne rappelle pas comment je concluais. Ça me reviendra peut-être. Tout ça pour dire que ceci n'est qu'un ersatz de ce que j'avais écrit hier, qui était mieux senti.

6.12.11

невозможный

J'ai vu Mission impossible - Le protocole fantôme (au diable-vauvert). Je n'ai pas le droit de le raconter (c'est trop torride), mais je vais le faire quand même : panpanpan pan pan ti douit tidouit boum boum boum zzzziiiiiiiiiiii poum poum poum panpanpan pan pan ti douit tidouit boum boum boum zzzziiiiiiiiiiii poum poum poum.
Eh oui, tout ça.
P.S. Ah oui, j'oubliais : panpanpan pan pan ti douit tidouit boum boum boum zzzziiiiiiiiiiii poum poum poum panpanpan pan pan ti douit tidouit boum boum boum zzzziiiiiiiiiiii poum poum poum.

4.12.11

TOP 14 2011

-----------------------------------------------------------------photo de Jan Kempenaers----------------------
And the winners are :-----------------------------------------
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- Attenberg, de Athina Rachel Tsangari — à mon sens la plus belle application de l'art brut au cinéma, y compris pour ces séquences de danse impromptues et pas forcément indispensables. Le cinéma grec s'élève en même temps que la débâcle financière gagne le pays. Même phénomène qu'en Argentine il y a une dizaine d'années. Pour résumer : liberté intense de mise en scène et de jeu des comédiens. Une dramaturgie extrêmement souple, qui fait la part belle au vide, au non-dit et à la désinvolture.

- La Solitude des nombres premiers, de Saverio Costanzo — après Amer, une deuxième géniale transposition du giallo. Non seulement par la musique (dont un morceau a été emprunté à Argento), mais par le sens baroque de la couleur (à laquelle le sang participe), le jeu avec les flashes-backs, les époques, mais aussi l'époque décrite (des 70's aux 80's). Sans doute la meilleure et la plus belle aventure kitsch de l'année. Un kitsch qui fait mal.

- Exit, una storia personale, de Massimiliano Amato — un autre film transalpin, celui-là complètement fauché, sorti en catimini et oublié, qui est un fulgurant jeu avec la folie, sur la folie. Les chassés croisés et poursuites de deux frères. L'un, rangé, l'autre schizophrène ou psychotique. Personnage (et physique) purement pasolinien pour un récit également déconstruit comme une fuite exténuée au bout du paysage.

- La Ballade de l’impossible, de Tran Anh Hung — encore une histoire de folie (décidément !), mais aussi d'amour fou. Encore un chassé-croisé tragique. Une adaptation rêvée du livre culte de Murakami que je n'ai pas lu, par un Français d'origine vietnamienne, qui signe le plus beau film japonais de l'année, et qui par la même occasion remonte en flèche dans mon estime (je n'avais vu que Cyclo de lui). L'intrication des deux registres liée aux deux personnages féminins diamétralement opposés que fréquente le héros s'allie idéalement avec le climat politique troublé (les années 1960 au Japon) plus une certaine dimension pop.

- Agua fria, de Paz Fabrega — adoré le climat entre rêve et cauchemar tropical, le côté crépusculaire et naturel de cette simple histoire d'enfant qui somatise et se perd au bord de la mer. Une leçon de nature.

- Hors Satan, de Bruno Dumont — une autre leçon de nature, mais plus sophistiquée, et un cinéaste qui remonte aussi en flèche dans mon estime. Je ne me complique pas la vie, je réagis spontanément. Les atouts du film sont naturellement le décor naturel, formidablement exploité (exemple : la scène de traversée d'un plan d'eau inspirée par Tarkovski), les personnages aussi troubles que touchants. Même la dimension religieuse reste assez vague et limite panthéiste pour me toucher. Les ricaneurs qui comparent à Dreyer ont tout faux. Ce film est candide, sans calcul. Un plaidoyer pour la croyance et pour la magie ordinaire.

- Augustine, de Jean-Claude Monod et de Jean-Christophe Valtat — un moyen métrage inédit sur les expériences de Charcot sur l'hystérie à la Salpêtrière, notamment avec une nommée Augustine, qui devint son cobaye favori. Magnifique travail, à la foi sobre et fiévreux, dans un très beau noir et blanc. Ça vous réconcilie avec les films en costume.

- Dharma guns, de F. J. Ossang — je ne suis pas fan à 100% des élucubrations d'Ossang, mais même si ce film se réduisait à sa séquence d'ouverture, avec Elvire au volant d'un hors-bord tractant Guy McKnight, d'une splendeur sans nom, cela suffirait à le placer au-dessus de toute la production française. Pour moi cette scène est un hors d'œuvre corroboré par une esthétique d'une cohérence et d'une singularité impeccable comme un instantané surréaliste inédit. J'adore ce film comme objet.

- Entre chien et loup, de Jeon Soo-il — road movie, dérive existentielle ou existentialiste, non-dit à tous les étages, indécision amoureuse ou plutôt flou amoureux. Cela ressemble dans ses très grandes lignes à certains récents Hong Sangsoo — un cinéaste qui part à la dérive et se raccroche à une femme —, mais Jeon Soo-il ne choisit pas les mêmes solutions esthétiques que son compatriote. Il a un souci plus écologique, au sens propre : étude du personnage dans son milieu. Il ne filme pas des événements ou des situations mais des pans de paysage dans lesquels il insère ses personnages. Un peu comme Dumont, mais avec moins d'intention. Cet attentisme du regard fait toute la beauté de ce monde là.

- Essential killing, de Jerzy Skolimowski — une expérience hors-norme due à un vétéran du cinéma polonais qui remet tout en question sans le moindre scrupule. Il bat les cartes de son cinéma et les redistribue d'une manière tout à fait différente. Ici en accentuant la fuite, le mouvement, la bestialité d'un homme traqué. Un personnage unique que ne pouvait incarner qu'une tête brûlée comme Vincent Gallo. Ce rôle lui va à ravir.

- Drive, de Nicolas Winding Refn — un film plus traditionnel, disons hollywoodien pour simplifier, qui est le seul film américain que je retiens cette année. Sans doute parce qu'il n'est pas tout à fait américain, car réalisé par un Danois (je sais bien que ça ne veut rien dire). Ce cinéaste que je n'ai pas toujours adoré met un peu de froideur et de couleur dans la nuit, apaise la noirceur de ce film parfaitement noir grâce à une sorte de recul élégant et contemplatif. Ainsi il transcende le cliché du loser pris dans un engrenage infernal. Pour résumer, le côté fluide et planant de Drive fait toute la différence.

- Arriety, de Hiromasa Yonebayashi — faute de Miyazaki on mange des grives, ou plutôt on se rabat sur un de ses lieutenants qui trousse une curieuse fable d'amour impossible entre un garçon et une fillette microscopique. Ce jeu des tailles et des échelles appliqué au dessin animé ligne claire façon Ghibli rend l'exercice délectable et troublant.

- Carancho, de Pablo Trapero — thriller social, genre que l'Argentin Trapero est quasiment le seul à maîtriser aujourd'hui. C'est à la fois un film d'action, un polar, et une histoire d'infirmière, d'avocat, d'hôpital, de milieu modeste. Avec sans doute la plus étonnante scène de fusillade urbaine de ces dernières années. Un modèle de ce que devrait, pourrait-être un thriller nord-américain.

- La Mujer sin piano, de Javier Rebollo — splendide histoire de dérive nocturne, qui ne cherche pas à convaincre, démontrer, raconter, mais simplement à rêver. Ce film est un rêve, un chouïa kafkaïen comme les rêves, régi par l'illogisme et le coq à l'âne. J'ai particulièrement apprécié la manière dont le film suivait des personnages très secondaires quelques secondes ou minutes avant de revenir à l'héroïne, qui quitte brusquement son domicile au milieu de la nuit.

Il y a évidemment énormément de films que je n'ai pas vus. Le plus souvent par choix. Il y en a d'autres que j'aurais bien voulu voir par curiosité, mais je ne l'ai pas fait. Et puis il y a ceux que j'ai vus (beaucoup de films américains) qui ne m'ont pas assez marqué pour que je les inclue dans ma liste. La dernière fois que j'ai publié une liste, on m'a traité de snob parce que j'ai cité des films peu connus. Il faudrait plutôt se demander pourquoi certains films ont du succès et d'autres passent inaperçus. Ce qui fait que tout le monde se précipite sur certains films ne me touche pas forcément. Exemple : le côté pseudo ET du monstre de Super 8 de Abrams ; le côté Amélie Poulain de Hugo Cabret, etc. De toute façon je n'ai pas à me justifier, mais le fait est qu'on vit une époque où la différence est mal perçue. Cela je pense en raison de la concentration des médias et de la publicité qui ont tendance à unifier les pensées et les comportements. Mais cela a des bons côtés aussi…

1.12.11

CHIENS

J'ai vu hier Les nouveaux chiens de garde, une adaptation du livre de Serge Halimi sur la collusion entre médias et politique en France. Je n'ai pas lu le livre, mais comme ce documentaire est co-scénarisé (pas écrit) par Halimi himself, je suppose qu'il est conforme au "Urtext" du directeur du Monde diplomatique. Pour ma part ce genre de film me réjouit car j'ai un assez vaste mépris pour les riches, les puissants, les mondains, etc. Voir à quel point des gens comme Alain Minc (mais c'est évident et connu) sont des pantins ridicules et vendus est effarant. Voir comment en trente ans Michel Field a complètement retourné sa veste, passant de l'extrême-gauche limite terroriste à l'animation de meetings UMP ou de galas pour les supermarchés Casino, est édifiant. Ce film n'apprend cependant rien de nouveau par rapport aux premiers films de Pierre Carles, qui dénonçait les mêmes collusions. Disons qu'il le faisait avec plus de mauvais esprit, ce qui était préférable (car comme le dit Pierre Desgraupes dans le doc, les auteurs désagréables sont nécessaires). D'ailleurs je regrette un peu d'avoir parfois émis des réserves sur Carles. S'il est souvent agaçant, il touche quand même assez juste. Cependant il me semble que tous ces combats et toutes ces dénonciations sont limités. En gros on reproche à la presse française de ne pas être indépendante et d'être aux ordres du pouvoir et du patronat. En fait, le problème est ailleurs. Moins les journaux se vendent, plus ils sont dépendants de la pub et des milliardaires qui les rachètent pour en faire leurs "danseuses". Mais il y a d'autres facteurs de non indépendance et de non objectivité de la presse : le copinage et les allégeances politiques diverses. Dans le domaine que je connais le mieux car j'y travaille, la presse dite culturelle, il y a d'autres écueils qui rendent impossible une réelle sincérité (je ne parle pas d'honnêteté qui est un trop grand mot). Outre le copinage précité, outre la pub qui oblige intrinsèquement à mettre en avant les produits dominants (ceux qui ont les moyens de faire de la pub et qui financent indirectement la presse), il y a les contraintes événementielles, selon lesquelles on crie au génie quasiment toute l'année. Ça me fait marrer. Il faut flatter le lecteur, car si vous lui dites que tout est merdique, vous le dégoûterez de consommer et/ou il arrêtera d'acheter votre journal. Pour en revenir à Halimi & co, ils ont certainement raison, mais ils ont tendance à oublier que si la presse est si servile actuellement c'est d'abord parce qu'elle est aux abois. Sans la concurrence des médias électroniques, auxquels on peut ajouter radio et télévision, la presse pourrait continuer à dicter sa loi aux puissants. Car un journal qui se vendrait suffisamment n'aurait pas besoin de publicité. Il pourrait dénoncer les excès de telle ou telle multinationale ou de tel ou tel politique avec une bien plus grande latitude. Bien sûr, il y a encore quelques publications indépendantes, mais leur impact et leur diffusion sont limités. A propos de diffusion, voilà encore un problème. En France, la distribution de la presse est le quasi-monopole de Presstalis, nouveau nom des célèbres NMPP, dont l'actionnaire majoritaire est Hachette, donc le groupe Lagardère, qui possède Hachette. Autrement dit, un titre qui ne conviendrait pas à ce groupe pourrait avoir des problèmes de survie.

OGM

Il serait temps que quelqu'un dise clairement que le débat sur les OGM est un faux débat. En effet, tout le monde en mange tous les jours. Il y en a dans les aliments industriels contenant du maïs et du soja, c'est à dire presque tout (sous forme de farines, protéines, amidon, huiles, lécithine, maltodextrine, sirop de glucose, dextrose). Il y en a également dans des produits comme le lait (et ses dérivés) et la viande, puisque la plupart des bovins sont également nourris au maïs et soja — produits un peu partout dans le monde et importés dont ne sait où.