11.5.11

MY POTTER IS RICH

Certains pékins sont prêts à payer 25 euros pour voir Harry Potter n°222 en 3D à Bercy. Dans quelles conditions, on l'ignore, mais on est prêt à parier que ça sera médiocre et inconfortable. On est prêt à parier aussi que les pigeons ne s'en sortiront pas comme ça, qu'il y aura aussi du merchandising à la clé et des consommations pas données. Enfin, on n'ira pas vérifier, évidemment.

9.5.11

L'OBSESSION SOCIALE

Les malheurs des guerres, les maladies, les problèmes de l'exil (sans papiers, etc.), les insondables et inépuisables fléaux de l'Afrique, les désordres et désastres de la pollution, de la malbouffe, destruction de l'écosystème, etc…. Tout cela devient une manne pour les documentaristes en mal de sujet. Tout cela alimente les chaînes de télé, en se pliant plus ou moins au sacro-saint format des 52 minutes, mais aussi les festivals de cinéma où la norme ne devrait pas exister, ou il ne faudrait pas qu'il y soit absolument traité des sujets de société qui font débat ou qui fournissent matière à débat. Je pense que le poids et l'importance de l'actualité télévisée, des JT, sont en train de tout écraser. On est sommé de réagir à chaud sur des problèmes dont l'info nous rebat les oreilles jour et nuit et de négliger tout ce qui est hors temps, hors événement. Bref, aujourd'hui seul un cinéaste comme Raymond Depardon peut tourner une série de films sur de vieux paysans et on ne verra pas de documentaire sur le Spitzberg à moins qu'il ne recèle une quelconque catastrophe. L'esprit de découverte au sens ethnographique a mauvaise presse car il n'est pas assez grégaire, assez concerné. Quant à ce qu'on nommait jadis "documentaire de création", expression un peu fourre-tout qui disait tout de même qu'on pouvait utiliser le média du cinéma comme le faisaient les compositeurs de musique concrète quand ils remodelaient des sons réels, c'est tout juste si on ose encore en parler. Certes, cela existe encore, mais marginalement. Cela n'est jamais promu par les institutions dispensatrices de financements divers, qui se prennent toujours un peu pour des organismes sociaux, consentant à donner de l'argent à des artistes utiles et concernés, pas à des démiurges mégalos. Bref, ce n'est qu'une tendance, mais comme tout le monde va dans le même sens, elle s'accentue.

6.5.11

SAV

Envoyé mon film Crime au cinéma Nova de Bruxelles et au site VOD MUBI (ex The Auteurs). Pas de nouvelles. J'aime pas trop faire le service après-vente, mais c'est un peu pour meubler, et c'est très ponctuel. Pendant ce temps mes ex-acteurs font leurs films : le Ossang est sorti, le très beau Dharma Guns. Eva Ionesco présente son My little princess à Cannes. Je dois avouer que je ne l'ai pas encore vu (il y a eu quelques projections privées), mais ça ne saurait tarder. (Dire que je l'apercevais au Palace jadis quand elle avait 15 ans. La seule de la bande avec qui j'ai eu quelques atomes crochus à l'époque était Edwige, la plus belle punk ever.) Quant à Philippe Petit, l'acteur principal de Crime, il joue un petit rôle dans le film d'Eva. En ce moment il est en train de monter un documentaire qu'il a réalisé, Danger Dave, sur un skateur belge. Je pense qu'on va en parler. Ça a l'air assez destroy. Cela dit, ce montage dure des siècles et Philippe veut encore tourner des séquences. Aux dernières nouvelles, il est parti (ou va partir) aux Etats-Unis, à Portland et Seattle, pour filmer d'autres plans avec David Martelleur (le skateur en question). Cette manie du voyage…
Danger Dave

5.5.11

ÉLISE OU LA VRAIE VIE

Incroyable mais vrai : une attachée de presse de cinéma (que je connais), Elise Girard, a réalisé un long métrage, Belleville-Tokyo, pour raconter comment elle a été larguée par un critique (que je connais aussi) quand elle était enceinte de lui. Pourquoi pas, mais je ne voudrais pas être à la place de ce critique qui en prend plein la gueule dans le film par personnage interposé, alors qu’elle n’apparaît que comme une simple victime. Le pire c’est que j’ai tendance à la croire. Ce qui me gêne n’est pas ça. A priori aucun grand film n’est autobiographique (je n’ai aucun exemple réussi en tête et ceux qu’on va me citer sont ceux que je n’aime pas), mais le problème n'est pas là non plus. On peut toujours raconter sa vie, ce n'est pas défendu. Ce qui est gênant c'est quand ça devient un pis aller, un palliatif, une manière de régler un conflit privé, voire une manie exhibitionniste. C’est souvent la limite de ce qu’on a appelé l’autofiction en littérature (Christine Angot & co), veine dans laquelle Elise Girard s'inscrit clairement. Trop de réalisme tue le réalisme. Là, cela dépasse l’entendement. En plus, Elise figure dans certaines scènes avec l’actrice qui joue son propre rôle (Valerie Donzelli). Elle va jusqu'à reproduire certains détails infimes. Comme par exemple la panoplie vestimentaire de Jean-Max Causse, un des patrons des Studios Action pour qui elle a travaillé, dont le rôle est joué par Philippe Nahon (d'ailleurs des scènes sont même tournées au cinéma Grand Action, depuis racheté par Jean-Pierre Mocky). A ce stade, les bras m’en tombent. Ça fait penser à la fois à Arnaud Depleschin qui s’était, dit-on, inspiré de Marianne Denicourt dans Rois et reine, et au livre de Marianne Denicourt, Mauvais génie, où elle reprochait à Depleschin d’avoir fait de sa vie une fiction. Après il faudrait regarder le film de Elise Girard avec un regard plus objectif, en tant qu’œuvre d’art. Là, je ne me prononce pas pour l’instant, même si ça correspond à ce type de cinéma français auquel je me sens étranger, précisément parce qu’il ressemble trop à ce que je connais dans la vie. Ça a toujours été un mystère pour moi. Comment peut-on aimer les films de Doillon si notre vie ressemble aux films de Doillon ?

3.5.11

L'ENNUI DU CHÂSSEUR

Comme tout le monde je me suis fait avoir un jour par La Nuit du chasseur. Le noir et blanc bien contrasté, la figure de Mitchum, “Childreeeeeeeen !”. La nuit, les enfants. J'aime (toujours) les séquences subaquatiques avec Shelley Winters. Très beau. J'aime également le personnage de Lillian Gish, style grand-mère courage. Mais c'est parce que j'ai un faible pour elle. Le reste…
me semble maintenant aussi puant et faussement poétique que Jeux interdits de René Clément. C'est du même tonneau. Et puis le noir et blanc. Franchement, même ça il y en a trop. Le costard de pasteur de Mitchum, le tatouage LOVE/HATE sur les doigts. On va me dire que ce manichéisme est déjà présent dans la Bible. Oui, mais la Bible est la Bible : un vieux grimoire primitif destiné à des peuples primitifs. Là, le AMOUR/HAINE bien asséné par Mitchum qui en rajoute dans la grandiloquence croque-mitaine (et les grimaces : voir photo), c'est soûlant. Les enfants aussi c'est soûlant. Attendrissants, victimes, innocents, forcément charmants et poétiques. Beurk. La fausseté du décor naturel (studio). Les animaux filmés en gros plans (grenouilles, etc.), ça en rajoute dans le côté Walt Disney. Bref, c'est ça : La Nuit du chasseur c'est un conte gothique version Walt Disney (Bambi in black), mais sans le côté un peu cynique et décalé de Tim Burton dans ses bons films (Batman returns, Edward aux mains d'argent). C'est du gothique bêta pour grands débutants, même pas digne de la série sixties Addams Family. Mitchum, lui, a fait bien mieux, par exemple La Vallée de la peur de Walsh ou Pendez-moi haut et court de Tourneur… ------------------------------------------------------------------------------------------______________________________
----------------------------------------------------------------------------------------------- Bob fait le guignol