Je viens donc de voir Pater d'Alain Cavalier et j'ai été atterré. Complètement d'accord avec mon lecteur Anthony qui parlait de démagogie. C'est exactement ce qui m'a le plus frappé. Notamment à propos de tout ce radotage interminable sur la réduction de l'échelle des salaires de 1 à 10 ou de 1 à 15 ; ça semble être l'unique enjeu de l'élection présidentielle dont il est question… Pur alibi, peut-être, mais il est représentatif de l'idéologie à l'œuvre dans tout le film, c'est à dire l'idéologie bourgeoise hypocrite, politiquement correcte, gauche caviar si on veut (ils mangent des truffes), ou “faux-cul”, comme dirait Anthony — qui avait tout bon. Ces gens là bâfrent, bâfrent, et entre deux bouchées ils disent qu'ils aimeraient réduire les salaires des super-patrons. C'est ridicule ou dérisoire ou les deux. Alain Cavalier prétend qu'il ne possède rien à part deux tables, que c'est à cause de sa formation religieuse. Pourtant ce film pue le fric. En fait c'est un film sur l'argent. Cavalier annonce fièrement les dépenses qu'il a faites pour le film : costard à 200 euros, chaussures à 175, etc. Jusqu'au moment où il exhibe les cicatrices du lifting (3000 euros) qu'il s'est fait faire, (à 80 ans !). A un autre moment, Vincent Lindon raconte l'esclandre qu'il a fait à son propriétaire pour un prétexte fallacieux. Il le traite plus ou moins de nanti versaillais, en pestant contre les capitalistes comme s'il était un prolo vivant à Aulnay-sous-bois. Pourtant, Vincent Lindon nage dans le luxe (dix SDF pourraient loger dans son dressing) et vit dans un appart cossu du 6e arrondissement de Paris, avec vue sur Saint-Sulpice. Pas exactement un bidonville. La politique est une gaminerie sans intérêt à laquelle se livrent Cavalier et Lindon. La manière onctueuse de Cavalier d'en faire des tonnes sur des petits riens, de jouer à l'épicurien désinvolte (pique-nique grotesque du "président" en forêt), me hérisse. En fait j'ai compris : c'est un fétichiste. Ce fétichisme associé à ces vieilles idées de bourgeois réformiste (genre vaguement radical), me rappelle les années 60. Il y a quelque chose de définitivement rance chez Cavalier. Dans le meilleur des cas il pourrait rappeler Godard, mais seulement pour 1% du film. Ce qu'il me rappelle beaucoup plus ce sont les obsessions boutiquières et gnangnan d'Agnès Varda. Au fond, Cavalier est l'Agnès Varda masculin. Cela éclaire tout autrement son film Irène. Je m'en veux presque de m'être fait avoir par la dimension tragique de ce film (que je préfère néanmoins). Bon, je ne vais pas m'étaler. La seule chose que j'ai vraiment appréciée dans tout le film dure deux minutes. C'est l'explication d''un ancien basketteur, membre de l'entourage du 1er ministre (Lindon), sur le dopage. Là c'est fort, là on entend quelque chose qu'on n'entend jamais aussi crûment : tous les sportifs sont dopés. Quant à la comédie du pouvoir à la Cavalier, pfff.