29.10.11

IL FAUDRA QUE…

…je vous parle de 20 cigarettes de James Benning, l'un des plus déroutants et fascinants films que j'ai vus, qui ouvre des perspectives assez inouïes (à mon sens). A suivre

25.10.11

PORTOS

Suis actuellement au Portugal où je me débats dans les riens du tout kafkaïens entre veille et sommeil. Visionnant un doc sur la Tchétchénie (produit par Kaurismäki) - Barzakh -, il m´est revenu que la communauté internationale a pilonné l´Afghanistan, bombardé la Lybie, couiné à propos de la Syrie et d´Israël (pour des raisons différentes), et rien moufté, quasiment, quand on a massacré la Tchétchénie. Il n´y a pas deux poids deux mesures, mais dix poids dix mesures.

20.10.11

TÉLÉ (2)

Suite du premier épisode. Les salles de cinéma vont disparaître, tout comme les chaînes hifi et les livres. C'est certain (bien sûr il y aura quelques survivances, comme il y a toujours des vinyles). Ne resteront plus que quelques écrans de tailles diverses dans les appartements et les poches des gens. Après, le cinéma de fiction que nous connaissons va s'étioler de plus en plus parce que les médias et l'information écrasent tout (pourquoi regarder l'adaptation de l'affaire DSK dans une série américaine alors qu'elle est présente en long et en large dans les news). Dans le fond, on préfère de plus en plus le réel. La fiction pure est fournie par les jeux vidéo. Bon, il y aura toujours des histoires élaborées avec des acteurs virtuels ou réels, mais pas sûr que ce seront des bons vieux longs métrages réalisés par des auteurs à l'ancienne. Comme le disait Cham, la série avec son côté plus ramassé, cyclique et surtout dynamique, a beaucoup plus de chance de perdurer. Les mondes virtuels genre Sims ou Second life ont également un bel avenir à mon sens. Mais je connais très mal. Je pense que si c'était très simple d'accès je pourrais moi-même m'y intéresser. Après je me perds en conjectures. A suivre.
P.S. Petit exemple subsidiaire : l'industrie du porno. Je ne vois pas comment elle pourrait subsister avec l'avènement des webcams et les sites spécialisés où tout un chacun peut poster son clip. Nous entrons dans l'ère du clip tout azimut.
P.P.S. A nouveau, je me permets de reproduire un commentaire de Cham. Mais c'est la dernière fois, car ainsi je me saborde un peu. Ou bien je devrais faire de ce blog un blog collectif, ce qui est un peu plus compliqué et contraignant pour moi qui n'ai pas l'esprit de groupe. Mais Cham a toujours de bonnes idées. La prochaine fois, je le publierai dans les commentaires. Enfin, voilà sa dernière réflexion sur le sujet qu'il connaît manifestement mieux que moi :
"Haha je ne m'attendais pas à ce que mon commentaire soit autant mis en avant. Je trouve ces questions très intéressantes. Pour les mondes virtuels je suis dubitatif. Jusqu'à présent ils ont tous prouvé leurs limites. Les réseaux sociaux comme Facebook ont beaucoup plus d'avenir parce qu'au lieu de recréer un réel pour quelques personnes en mal de vie sociale et d'autres curieux, il en devient une prolongation sur internet. On constate déjà des jeunes qui ne connaissent internet que pour Facebook. C'est exactement le même principe que la dichotomie réel/fiction. Les mondes virtuels sont limités parce qu'ils sont alimentés par de la fiction (même Second Life, sorti bien trop tôt et rempli de gens qui jouent un rôle). Les réseaux sociaux sont alimentés par le réel et peuvent avoir un impact rapidement sur celui ci. On a pas le droit de jouer un rôle sur Facebook, on joue notre propre identité. Ce qui paradoxalement met en exergue le rôle que l'on joue déjà en vrai. J'ai envie de dire que tout ça a à voir avec ce qui pourrait être la grande nouveauté des années 2000 (et qui a commencé depuis longtemps): nous avons quitté l'ère de la mise en scène (La littérature, le cinéma, le théâtre) et nous sommes maintenant à l'ère de l’interactivité (l'ordinateur,les jeux vidéo, le web 2.0, les télés connectées, la 3D "comme si on pouvait toucher l'écran", les smartphone, etc). D'où un plus grand intérêt pour la série qui demande plus d'implication du public par rapport au film. Comme dit dans l'article, les films de demain, ce sont les jeux vidéo : Uncharted 2 ou Battlefield 3 enterrent tout ce qui se fait en matière de blockbuster, l’interactivité en plus. Tandis qu'un jeu comme Portal 2 explore des questions de mise en scène impossible à exploiter dans un simple film. La pub se doit d'être virale, portée par le public, cachée pour que les smartphone puissent la détecter. Et ça explique aussi l'évolution du porno: on préfère regarder de vrai gens partager leur intimité avec nous que de voir du sexe fictionnel. Même si cette intimité a dû être mise en scène pour donner l'impression qu'elle était vraie. Dans les films d'horreur, la caméra se fait de plus en plus "vraie", ce sont les personnages eux même qui filment et ont peur avec nous. Pourtant ça implique généralement énormément d'incohérence avec le fait que ce soit un film présenté sur grand écran, mais peu importe. Bref pour conclure, je dirais qu'il y a moins un plus grand intérêt pour le réel, qu'une envie d'être plus impliqué dans la fiction, ou d'effacer la limite entre les deux (comme le fond les médias d'information). On ne veut plus regarder une œuvre, on veut s'y connecter." Cham

19.10.11

DENT

Je reviendrai sur le sujet de la mort du cinéma (qui s'explique à mon avis très simplement). En attendant j'ai vu un film sur lequel je faisais des pronostics en juillet (CLIC), Contagion de Soderbergh. J'avais tout bon sans l'avoir vu. L'un des problèmes c'est que Soderbergh confond vitesse (ellipse) et suspense. L'autre problème c'est que c'est du cinéma industriel, voire un film d'entreprise (tout film étant par ailleurs une PME). La seule chose qui m'a intéressé et accroché (c'est dire !) est le fait que dans le film Jude Law, qui joue une sorte de blogueur Robin des Bois — un peu comme moi, dans le fond —, tout le temps en train de crier au complot, a des fausses dents très visibles. Je me suis demandé à quoi ça rimait. Pourquoi Jude Law met-il des fausses dents pour ce type de rôle (genre Anglais assez populaire) ? C'est le seul mystère et intérêt du film. De là à payer une place de cinéma pour voir ce détail, il y a un monde.
P.S. Je sais bien qu'il dirait qu'il met des fausses dents pour composer un personnage (inhabituel). Mais pourquoi dans ce film là ? (qui n'est pas Pirates des Caraïbes) Son personnage n'a rien de spécial par ailleurs.

18.10.11

TÉLÉ

Je suis en train de comprendre un truc très évident et assez énorme, en fait. Ce qu'on prédisait dans les années 1980 est en train de se produire petit à petit : le cinéma est en train de mourir. Pourquoi me dis-je cela : parce que des personnes très jeunes de mon entourage très proche préfèrent largement regarder des séries en streaming (ou téléchargées) qu'un long métrage de fiction. Dans leur cas, le cinéma passe au second plan. Si on fait le lien avec l'océan de têtes blanches de la projo d'hier, on peut dire, oui, que le cinéma en tant que tel appartient presque déjà à l'histoire. (Certes on peut dire que les séries c'est aussi du cinéma). Réflexion que je prolongerai ultérieurement. Il faut que j'aille voir un film… sur la disparition de la presse écrite. LOL
Je me permets de publier ici le commentaire brut de décoffrage mais très intéressant de Cham, qui apporte de l'eau à mon moulin. J'y reviendrai quand j'aurai plus de temps (et moins de flemme) :
"D'expérience, effectivement, à force de s'habituer aux séries il arrive un moment où un film devient quelque chose de difficile à digérer. J'ai regardé des séries de six saisons de 24 épisodes de 40 minutes, mais j'ai décroché devant des films de une heure et demi. Pas seulement à cause des séries je pense, mais d'internet même. D'une certaine attitude "si je ne sais pas, google le sais en quelques clicks". Pourquoi se contenter de n'ouvrir qu'un onglet quand on peut en ouvrir plein ? Pourquoi rester une heure et demi ou plus devant une histoire pleine de silence quand on me propose d'en suivre une plus développée et pleine de dialogues par petits bouts de 20 ou 40 minutes ? Les séries sont construites sur des principes d'efficacité, là où les films détiennent encore le droit de ne pas être immédiats, de ne pas être efficace (et comme en plus certain réalisateurs en abuse, ça n'aide pas). Il va probablement se passer deux choses : soit le cinéma va être cannibalisé par une télé efficace qui se permettra peut être de prendre le flambeau d'être cinématographique (certaines séries comme Breaking Bad reflètent déjà ça, mais déjà Twin Peaks avant elle avait de nombreuses qualités). Soit une génération de gens élevés aux séries va soudain sortir de sa tanière (aller, en pariant sur le fait que la plupart des réalisateurs commencent à la trentaine et que la moyenne d'âge de cette génération est 25 ans, on peut tabler sur d'ici 5-10 ans) et proposer des films qui marcheront sur le même type d'efficacité télévisuelle (un bon exemple serait Mission Impossible 3, écrit par un producteur/showrunner sur le mode des 4 actes dont la télévision américaine se sert pour placer de la publicité tout en maintenant le suspense.) Quelque part c'est un peu à cause de la nouvelle vague tout ça. Des gens doués en mise en scène, gavé de culture cinématographiques, et qui ont gravé culturellement dans les esprits que le réalisateur avait tous les pouvoirs sur l'histoire. Sans se douter que les générations suivantes seraient composées de plein de réalisateurs fan de série B qui ne sont pas auteurs mais qui profitent de ce pouvoir pour faire n'importe quoi (aussi bien scénaristiquement qu'en terme de mise en scène.) Et bien aujourd'hui, les "bons scénaristes" se vengent par la télévision où le réalisateur n'est plus qu'un technicien au même titre que les acteurs et où l'histoire a le pouvoir. Et la génération google sans concentration va là où on peut capter son attention efficacement." Cham

17.10.11

VIEUX

Quand je suis entré dans la salle j'ai eu l'impression d'entrer dans un mouroir. Une ancienne rédac chef ciné de Télérama racontait à une dame comment elle s'était cassé une vertèbre en mettant son pyjama. Laquelle dame lui rétorquait qu'elle, elle s'en était déjà démis une en se brossant les dents. Puis le film a commencé : Le Havre de Aki Kaurismaki. Ballet de R16 et de 403, Bessie Smith et airs d'accordéon, cireur de chaussures mélancolique. Moyenne d'âge du casting : 62 ans. Tout ça m'a semblé tellement raccord ; un splendide camaïeu de cheveux gris et blancs. Cerise sur le gâteux : l'apparition de Little Bob, le légendaire rocker lilliputien du Havre — en passant il est meilleur que Johnny H. dans le genre —, qui lui aussi a subi l'outrage des ans (sa voix ne s'en ressent pas et se bonifie). Ça fout vraiment le blues, toute cette vieillesse et cette décrépitude, cette nostalgie rétro de Kaurismaki pour un monde croupi et figé dans le formol. Evidemment le cinéaste oppose à ce monde presque englouti la vitalité d'un sans-papiers africain d'une quinzaine d'années (enfin, vitalité, c'est vite dit). Pour ma part, cela m'a semblé un alibi politiquement correct. Je ne parle pas du film en soi, poussif, pour ne pas dire asthmatique. Il y a là comme un symptôme de fin d'un monde… (d'après certains observateurs politiquement corrects il ferait un parallèle entre régime de Vichy et régime actuel).
Finalement, le bon Kaurismaki de l'année, c'est La Fée, de Abel, Gordon et Romy. C'est aussi tourné au Havre, il y a aussi des sans-papiers, l'esthétique est kaurismakienne, mais c'est plein de verve et de folie. Kaurismaki, lui, est ensuqué par l'alcool. Il ne bouge presque plus.

15.10.11

ROMANTIC/GOTHIC

Je n'arrive pas très bien à faire la distinction entre gothique et romantisme anglais. Sans doute n'y en a-t-il pas. Ainsi le plus célèbre des romantiques britanniques, ou quasiment, Lord Byron, fut-il à l'origine d'un genre dont le succès perdure aujourd'hui. Séjournant en mai 1816 avec ses amis Shelley au bord du lac Léman en Suisse, il proposa pour égayer leurs longues soirées de printemps que chacun d'entre eux écrive une "histoire de fantôme”. Il rédigea lui-même le brouillon d'une intrigue dont son ami John William Polidori fit une nouvelle intitulée Le Vampire, parue en 1819, et considérée comme la première de cette veine féconde. Quant à Mary Shelley, l'épouse de son ami poète Percy Shelley, autre vedette du romantisme, elle commença au même moment et au même endroit Frankenstein, qui a eu la postérité qu'on connaît.