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30.12.11

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J'aime bien le slogan américain du Millenium (The girl with the dragon tattoo) de David Fincher :
C'est idiot, mais en fait c'est assez juste. Un feel good/bad movie.
P.S. Qu'on ne se méprenne pas, si je dis ça c'est aussi parce que je ne prends pas le film très au sérieux. Je dirais même qu'il est assez banal. Le bon thriller du moment c'est toujours La Taupe. Le reste, hum…

17.12.11

TOMAS

Antidote parfait à Mission impossible 4, avec ses pénibles numéros de gymnastique acrobatique : La taupe de Tomas Alfredsson (réalisateur suédois de Morse, film de vampire new look). Un thriller d'espionnage comme je les aime, d'après le célèbre roman de John LeCarré. Pour donner une idée du film, cet extrait d'une critique négative (du site américain Goatdog's movies) sur le film : "If the best thing about a spy movie is the wallpaper, perhaps you've miscalculated." = "si le meilleur aspect d'un film d'espionnage est le papier peint, il y a peut-être un problème". Cette réflexion n'est pas fausse. On voit beaucoup le papier peint, on voit beaucoup les costumes gris et les décors beigeasses dans ce film, mais ils participent à l'ambiance générale et la soulignent génialement. Encore une fois, je ne vais pas faire ici la critique, mais par exemple sur cette photo on voit comment le suspense peut naître d'une scène apparemment statique : les deux hommes se parlent sans bouger sur le tarmac d'un aéroport. Pendant ce temps, à l'arrière-plan, un avion s'approche lentement. Il reste flou jusqu'au dernier moment, ce qui ajoute à la menace.

15.12.11

FINCHER

Toujours "déceptif" (anglicisme à la mode) comme on dit aujourd'hui, je ne vais rien dire de très consistant sur Millenium 1 version Fincher. Juste que ça ne tient pas beaucoup la route, mais que ce n'est pas très grave. L'avantage c'était que je ne connaissais rien de cette histoire, n'ayant pas lu les best-sellers et n'ayant pas vu les films, séries, etc. Un thriller chicos et bien emballé, dès son générique conçu comme un James Bond, avec une formidable cover d'Immigrant song de Led Zeppelin (due à Karen O. et Trent Reznor – d'ailleurs la musique de Renznor est plutôt bien dans l'ensemble). Mais c'est le genre de film où l'on se retient de creuser parce qu'à chaque fois, on se dit "hum hum". Le détail qui tue le plus, à mon sens, est l'enquête elle-même qui se déroule 40 ans après l'affaire. Pourquoi 40 ans ? Parce que cela permet à Fincher de tourner de belles scènes rétro jaunies au ralenti ? Ouais. Finalement le truc qui me gêne le plus c'est la fin inutile, bouclage de l'histoire du début dont on se contrefout. On aurait dû me laisser les clés de la salle de montage. Je vous aurais fait un film d'une heure de moins, beaucoup plus sec (soit 1 h 40). Bon après je ne discuterai pas les détails de tout ça, qui est dans le fond un genre de Festen retourné à l'envers. On trouvait également des stigmates de cette haine de la bourgeoisie traditionnelle dans un autre thriller suédois récent, à mon sens supérieur, Easy money. Bref, Fincher reste ce que je disais. Bon technicien.
Finalement dans toute cette bande post Spielberg (Abrams, Fincher, Nolan, etc.), celui qui m'intéresse le plus est le plus jeune, Richard Kelly, même si son The Box m'a modérément convaincu. Mais évidemment c'est aussi le plus dingue, donc il risque d'avoir du mal à tourner ses prochains films. A moins qu'il ne mette beaucoup d'eau dans son vin…

14.12.11

MIOCHES

Atterrant. Survolant la presse français du jour, je me rends compte qu'à part de rares exceptions, la critique des journaux populaires et grand public, et celle de la soi-disant intelligentsia, bêle exactement sur le même ton, et par-là rejoint les options du plus grand nombre à propos des films spectaculaires hollywoodiens de la semaine, Hugo Cabret et Mission impossible 4. Je sais que cette tendance n'est pas nouvelle, mais je n'arrive tout de même pas à me faire à cette métamorphose opérée graduellement depuis les années 1980, qui aboutit aujourd'hui à la sacralisation absolue du cinéma gadget et dynamique. Hugo Cabret est certes un gentil (et incohérent) hommage à l'œuvre de Méliès, un chouïa tardif, mais il est totalement consensuel. Quant au décorum du film (ah les engrenages !), excusez moi, mais c'est assez toc. Cette histoire d'enfants qui deviennent des cinéphiles bien élevés sent la naphtaline. Quant à Mission impossible 4, je ne suis pas contre le principe, mais il faudrait éviter de nous resservir un vieux James Bond de l'époque de la guerre froide, relifté avec quelques idées et techniques numériques, plus de la baston à gogo. C'est précisément là où il y a régression. Autrefois les méchants avaient une certaine épaisseur, grandiloquente, certes. Aujourd'hui, pfuitt ! On zappe à toute allure leur personnalité. Exemple flagrant : la pauvre Léa Seydoux, qui s'est blondie et pomponnée pour l'occasion, joue une froide tueuse. Mais elle n'a quasiment pas droit au chapitre. Tout au plus lui offre-t-on une séquence de bagarre mouvementée, qui était jadis le lot d'un quelconque cascadeur. Bas-toi et tais toi ! Idem pour Cruise dans ce domaine : il s'éclate plus avec ses cascades périlleuses qu'avec qui ou quoi que ce soit. L'épicurisme est mort.
P.S. La solution est peut-être à chercher du côté de l'enfance (corollaires : infantilisme, enfantillage), comme vient de me le suggérer une critique laudative de Mission impossible 4 dans un magazine branché, décrivant le film comme : “une poignée de copains réunis autour d'un coffre à jouets”. Voilà le problème.

11.12.11

JE BOYCOTTE…

…d'emblée Le cheval de guerre de Steven Spielberg. Encore un cumulard/stakhanoviste/égotiste qui ne laisse pas de place pour ses petits camarades et croit avisé de sortir un deuxième film en tant que réalisateur quelques mois à peine après sa bouse tintinesque. Eh bien ça sera sans moi. Je vais encore me cogner le Eastwood (sauf si on me dit qu'il n'y a plus de places, ouf), et le Fincher (resucée de resucée de succès suédois bien amorti), qui m'intrigue un peu plus, enfin à peine. Encore un cinéaste surestimé dont on oublie qu'il est l'auteur de films tout à fait inexistants, comme Panic room, pur exercice technique (je ne me suis pas encore décidé à voir son Social network que j'ai en DVD).

6.12.11

невозможный

J'ai vu Mission impossible - Le protocole fantôme (au diable-vauvert). Je n'ai pas le droit de le raconter (c'est trop torride), mais je vais le faire quand même : panpanpan pan pan ti douit tidouit boum boum boum zzzziiiiiiiiiiii poum poum poum panpanpan pan pan ti douit tidouit boum boum boum zzzziiiiiiiiiiii poum poum poum.
Eh oui, tout ça.
P.S. Ah oui, j'oubliais : panpanpan pan pan ti douit tidouit boum boum boum zzzziiiiiiiiiiii poum poum poum panpanpan pan pan ti douit tidouit boum boum boum zzzziiiiiiiiiiii poum poum poum.

1.12.11

CHIENS

J'ai vu hier Les nouveaux chiens de garde, une adaptation du livre de Serge Halimi sur la collusion entre médias et politique en France. Je n'ai pas lu le livre, mais comme ce documentaire est co-scénarisé (pas écrit) par Halimi himself, je suppose qu'il est conforme au "Urtext" du directeur du Monde diplomatique. Pour ma part ce genre de film me réjouit car j'ai un assez vaste mépris pour les riches, les puissants, les mondains, etc. Voir à quel point des gens comme Alain Minc (mais c'est évident et connu) sont des pantins ridicules et vendus est effarant. Voir comment en trente ans Michel Field a complètement retourné sa veste, passant de l'extrême-gauche limite terroriste à l'animation de meetings UMP ou de galas pour les supermarchés Casino, est édifiant. Ce film n'apprend cependant rien de nouveau par rapport aux premiers films de Pierre Carles, qui dénonçait les mêmes collusions. Disons qu'il le faisait avec plus de mauvais esprit, ce qui était préférable (car comme le dit Pierre Desgraupes dans le doc, les auteurs désagréables sont nécessaires). D'ailleurs je regrette un peu d'avoir parfois émis des réserves sur Carles. S'il est souvent agaçant, il touche quand même assez juste. Cependant il me semble que tous ces combats et toutes ces dénonciations sont limités. En gros on reproche à la presse française de ne pas être indépendante et d'être aux ordres du pouvoir et du patronat. En fait, le problème est ailleurs. Moins les journaux se vendent, plus ils sont dépendants de la pub et des milliardaires qui les rachètent pour en faire leurs "danseuses". Mais il y a d'autres facteurs de non indépendance et de non objectivité de la presse : le copinage et les allégeances politiques diverses. Dans le domaine que je connais le mieux car j'y travaille, la presse dite culturelle, il y a d'autres écueils qui rendent impossible une réelle sincérité (je ne parle pas d'honnêteté qui est un trop grand mot). Outre le copinage précité, outre la pub qui oblige intrinsèquement à mettre en avant les produits dominants (ceux qui ont les moyens de faire de la pub et qui financent indirectement la presse), il y a les contraintes événementielles, selon lesquelles on crie au génie quasiment toute l'année. Ça me fait marrer. Il faut flatter le lecteur, car si vous lui dites que tout est merdique, vous le dégoûterez de consommer et/ou il arrêtera d'acheter votre journal. Pour en revenir à Halimi & co, ils ont certainement raison, mais ils ont tendance à oublier que si la presse est si servile actuellement c'est d'abord parce qu'elle est aux abois. Sans la concurrence des médias électroniques, auxquels on peut ajouter radio et télévision, la presse pourrait continuer à dicter sa loi aux puissants. Car un journal qui se vendrait suffisamment n'aurait pas besoin de publicité. Il pourrait dénoncer les excès de telle ou telle multinationale ou de tel ou tel politique avec une bien plus grande latitude. Bien sûr, il y a encore quelques publications indépendantes, mais leur impact et leur diffusion sont limités. A propos de diffusion, voilà encore un problème. En France, la distribution de la presse est le quasi-monopole de Presstalis, nouveau nom des célèbres NMPP, dont l'actionnaire majoritaire est Hachette, donc le groupe Lagardère, qui possède Hachette. Autrement dit, un titre qui ne conviendrait pas à ce groupe pourrait avoir des problèmes de survie.

30.11.11

NANAR (3)

Dans la famille nanar de la semaine, Je m'appelle Bernadette (bande-annonce : CLIC), qui hélas ne semble pas valoir quelques pépites précédentes (Or noir, Celles qui aimaient Wagner), mais qui devrait néanmoins réjouir quelques mauvais esprits. Il y serait question de la croisade de Dame Chirac pour les petites pièces jaunes en compagnie du preux Messire Douillet.

25.11.11

LE CINÉMA AMÉRICAIN EST-IL LE PIRE DU MONDE ?

J'aime bien des phrases comme celle-là. Les Etats-Unis sont devenus tellement sacrés que ça m'amuse. La réponse à la question, je ne l'ai pas vraiment. J'aime mieux la poser qu'y répondre. Je ne discuterai pas sérieusement du film de Scorsese, Hugo, alias Hugo Cabret en VF. C'est un mauvais débat que de se lancer là-dedans. A la limite, je ne suis pas compétent. Ce cinéma ne me concerne pas. On peut certes dire qu'il a le mérite de rappeler la place de Georges Méliès dans le cinéma, ce que ne font pas beaucoup les Français – à part l'infatigable Serge Bromberg, naturellement, dont le documentaire et la restauration du Voyage dans la lune sortent la même semaine. A priori je vous enjoins à aller voir plutôt ça que le Scorsese, qui m'a soit dit en passant rappelé le meilleur film de Chahine, Gare centrale. C'est ça que Scorsese aurait dû faire : un remake de Gare centrale. Ce que je remarque surtout c'est que Scorsese récrit l'histoire. Il l'américanise. Il rappelle que Méliès a existé, mais lorsque l'automate signe le nom du cinéaste, il oublie un accent et écrit "Mélies". C'est un détail, mais il montre à quel point les anglo-saxons ne s'intéressent jamais vraiment au reste du monde. J'ai été particulièrement frappé par le fait que quand Scorsese montre un résumé accéléré du cinéma muet dans le film, il le consacre à 98% aux films de son pays. Du cinéma européen, il ne me semble avoir vu qu'un plan du Cabinet du Docteur Caligari. Dans ce digest, il insiste surtout sur l'image d'Harold Lloyd suspendu à une horloge (idée dupliquée dans le film lui-même). Evidemment, il parle de Méliès, puisque c'est le sujet. Mais ce n'est pas le premier Américain à s'y être intéressé sérieusement comme on le voit dans le docu de Bromberg. Par ailleurs les références littéraires sont également anglaises. On parle de Dickens (certes on mentionne en passant Jules Verne, un des inspirateurs de Méliès), et l'un des personnages cite même du Coleridge, poète anglais très peu connu des Français. Quant à la description des autochtones, elle est toujours aussi factice. On remarque tout de même que Christopher Lee est revenu à la case départ : il joue à nouveau les utilités dans un film rétro hollywoodien situé à Paris. Dans Moulin Rouge (celui de Huston, 1952) il incarnait Georges Seurat. Ici, un libraire style Père Noël. Scorsese s'explique ainsi du casting : “J'ai choisi des acteurs anglais pour la plupart des rôles, et j'utilise l'accent britannique comme s'il faisait partie de l'univers des personnages. Même si le cadre de l'histoire est le Paris de 1931, il s'agit d'un monde rêvé, d'une réalité sublimée, et jouer sur l'accent contribue au décalage.” Autrement dit, quand un Américain rêve de la France, il rêve qu'elle est peuplée d'Anglais. Etrange, car Spielberg a procédé de même pour son Tintin, où ce sont des Anglais qui incarnent les héros. Autrement dit, ce que les Américains ont imaginé de plus exotique pour représenter l'Europe (la France ou la France/Belgique) ce sont des gens parlant la même langue qu'eux avec un accent archaïque. Je tire sans doute des conclusions hâtives, mais dans cent ou deux cents ans, la France sera peut-être économiquement morte et transformée en vaste Disneyland à l'usage de la planète entière.

24.11.11

HUGO

J'aime bien cette phrase à propos de Hugo Cabret de Martin Scorsese : "Un plaidoyer pour la conservation des films réalisé avec le médium qui les a tués, Hugo Cabret prouve a son corps défendant que les vieux films étaient meilleurs.” (Ann Lewinson, Boston Phoenix)
Je reviendrai sur ce film bientôt.

23.11.11

150

Assez piteux, le marketing du film Donoma qui est fondé sur un soi-disant budget de 150 euros. A quoi ça rime ? Ce qu'a coûté une œuvre n'est pas un gage de qualité. Un petit budget serait-il une garantie artistique ? N'importe quoi. Ensuite, 150 euros c'est du pipeau évidemment. Même le tournage n'a pas coûté 150 euros. Enfin admettons. Là où il faut ajouter des zéros, c'est à la post-production. Pour qu'un film sorte en salle il ne faut pas 150 euros mais plutôt 100 000 euros. Kinéscopage, développement, mixage, attaché de presse, copie, affiche, projections, etc. Tout cela coûte des sous. J'en sais quelque chose moi qui ai fait un film avec environ 50 000 euros (mal gérés certes) et qui n'ai pas eu de distributeur, pas d'affiche, pas d'attaché de presse, et une seule copie. Je ne juge pas le film Donoma, que je n'ai pas vu, mais son lancement djeunz, qui sent le marketing de streetwear, de marque de baskets, de boîte de nuit… (voir ci-contre l'article de Elle. Si un torchon comme Elle en fait la promo, franchement c'est mauvais signe).

22.11.11

CORÉE

Ayant vu deux films sud-coréens la même journée par hasard, je décernerai la palme du meilleur cinéaste de cette contrée lointaine à l'un des deux. A priori le meilleur de tous était jusque là Hong Sang-soo. L'un des deux films d'aujourd'hui était son œuvre à sketches Oki's movie. Le cinéaste asiatique du badinage amoureux est en train de devenir le Emmanuel Mouret asiatique. Franchement, il baisse de plus en plus en radotant à l'infini sur les coucheries de ses veules alter-egos (cinéastes profitant de leur notoriété). Cette insistance complaisante sur la malhonnêteté masculine tourne au système. Certes il y a d'autres réalisateurs sud-coréens remarqués. Lee Chang-dong, ex-ministre, étant le plus intéressant cinéaste moyen, téléramesque. Je ne déteste pas ses films, mais bon. Quant aux autres qui ont la cote chez les cinéphiles, notamment Bong Joon-ho (The Host, Mother), je reste circonspect. Certes je n'ai pas vu son mythique Memories of murder. Quant au frappadingue du crime, qui a supplanté le pénible Park Chan-wook, j'ai nommé Na Hong-jin (The Chaser, The Murderer), il est trop paroxystique à mon goût. En fait, l'autre Sud-coréen dont j'ai vu un film aujourd'hui est l'antithèse absolue de Na Jong-Hin. Il s'appelle Jeon Soo-il. Seuls deux de ses films sont sortis en France à ce jour : La petite fille de la terre noire et Destination Himalaya. J'avais beaucoup apprécié le premier et avais noté sa parenté thématique et formelle avec un certain cinéma chinois. Mais je n'avais peut-être pas été assez attentif. Quant au deuxième, je l'avais traité avec une certaine légèreté, sans comprendre que c'était dans le non-dit, le non-faire, la déambulation, le rien, que Jeon Soo-il était sublime. Je viens de comprendre avec son troisième film qui sort bientôt, Entre chien et loup, bien que tourné avant les deux autres. Pour simplifier voire caricaturer, on pourrait comparer ça à Antonioni. Mais c'est autre chose. A mon sens ce cinéaste écrase les autres car il a une immense confiance dans le réel, il sait le regarder, sans interférer, sans fabriquer, sans surjouer sa mise en scène. Pourtant, il ne fait aucunement du documentaire.

20.11.11

DIRE…

…que j'ai failli aller voir ça (CLIC) par inadvertance. J'en frémis rétrospectivement. Je crois que je préfèrerais encore le film sur Wagner. Honnêtement y a-t-il un cinéaste plus ringard que Jean-Jacques Annaud, qui fait du sous-Hollywood des années 1950 avec 60 ans de retard ? J'ai du mal à le concevoir.

8.11.11

SNIF SNIF SNIF

Attention chef-d'œuvre dramatique ! : CLIC
P.S. Réflexion faite, et à la revoyure de la bande-annonce, je me demande si cela n'est pas dans la droite continuité de l'œuvre du regretté Werner Schroeter. Surtout la scène où la femme renverse des roses.

4.11.11

AUGUSTINE

Je me suis aperçu qu'il y avait trois moyens métrages de durée équivalente consacrés à Augustine, une patiente célèbre du Professeur Charcot, le spécialiste de l'hystérie au XIXe siècle, dont Freud suivit un moment les cours à Paris (et s'inspira de ses travaux pour inventer la psychanalyse). Les trois films en question sont anglais (Augustine - 1993), français (Augustine - 2003), et américain (Sweet Augustine - 2004). Ayant vu des extraits du premier et du dernier, plus le deuxième en entier, réalisé par Jean-Claude Monod et Jean-Christophe Valtat, je puis affirmer sans l'ombre d'une hésitation que c'est le français qui est le plus réussi. C'est un vrai joyau. Il rend non seulement hommage à Muybridge en décomposant certains mouvements de l'héroïne dans certaines séquences, mais au XIXe siècle en général, dont il traduit à merveille l'ambiance et la mentalité. Visuellement splendide, ce film montré sur Arte à des heures indues va enfin sortir en salle (en décembre). J'y reviendrai peut-être. En tout cas c'est parfait.
P.S. Ce qui est moins parfait c'est qu'on annonce encore un Augustine, cette fois un long métrage, réalisé par Alice Winocour, ex-élève de la Femis (ouille !), avec Vincent Lindon dans le rôle de Charcot. Le tournage devrait commencer ce mois-ci. Si j'avais tout le pouvoir du monde, je leur dirais d'arrêter tout. Ça ne sert à rien, le film de Valtat et Monod est indépassable ! On verra qui avait raison.

3.11.11

CHOQUÉ…

…par l'accueil complaisant fait à cette gross komedie rakoleuse qu'est Intouchables. Y compris dans Le Monde, y compris sous la plume d'un critique sérieux et respectable — peut-être justement parce qu'il est sérieux et respectable, il manque de discernement en matière de gaudriole et est enclin à prendre les vessies pour des lanternes, à voir de la générosité là où il y a de la bassesse, du populaire là où il y a du populisme. Voir ce titre :

"Intouchables" : derrière la comédie populaire, une métaphore sociale généreuse.

De qui se moque-t-on ? Ce n'est qu'un défilé ininterrompu de clichés lourdingues sur la banlieue et sur les bourgeois, sans parler de la fausse irrévérence à l'égard des handicapés. Je dois avouer quelques minutes d'hilarité : les dix premières du prologue, quand rien n'est expliqué. Ensuite, quand ça commence à s'expliquer, je suis désolé, c'est d'une bêtise à pleurer. Et sur la bourgeoisie, à ce compte là, je préfère largement le Pater de Cavalier qui m'avait tant irrité. Enfin, je n'ai pas de mots pour décrire mon indignation devant le manque d'esprit critique de cette critique française.

19.10.11

DENT

Je reviendrai sur le sujet de la mort du cinéma (qui s'explique à mon avis très simplement). En attendant j'ai vu un film sur lequel je faisais des pronostics en juillet (CLIC), Contagion de Soderbergh. J'avais tout bon sans l'avoir vu. L'un des problèmes c'est que Soderbergh confond vitesse (ellipse) et suspense. L'autre problème c'est que c'est du cinéma industriel, voire un film d'entreprise (tout film étant par ailleurs une PME). La seule chose qui m'a intéressé et accroché (c'est dire !) est le fait que dans le film Jude Law, qui joue une sorte de blogueur Robin des Bois — un peu comme moi, dans le fond —, tout le temps en train de crier au complot, a des fausses dents très visibles. Je me suis demandé à quoi ça rimait. Pourquoi Jude Law met-il des fausses dents pour ce type de rôle (genre Anglais assez populaire) ? C'est le seul mystère et intérêt du film. De là à payer une place de cinéma pour voir ce détail, il y a un monde.
P.S. Je sais bien qu'il dirait qu'il met des fausses dents pour composer un personnage (inhabituel). Mais pourquoi dans ce film là ? (qui n'est pas Pirates des Caraïbes) Son personnage n'a rien de spécial par ailleurs.

17.10.11

VIEUX

Quand je suis entré dans la salle j'ai eu l'impression d'entrer dans un mouroir. Une ancienne rédac chef ciné de Télérama racontait à une dame comment elle s'était cassé une vertèbre en mettant son pyjama. Laquelle dame lui rétorquait qu'elle, elle s'en était déjà démis une en se brossant les dents. Puis le film a commencé : Le Havre de Aki Kaurismaki. Ballet de R16 et de 403, Bessie Smith et airs d'accordéon, cireur de chaussures mélancolique. Moyenne d'âge du casting : 62 ans. Tout ça m'a semblé tellement raccord ; un splendide camaïeu de cheveux gris et blancs. Cerise sur le gâteux : l'apparition de Little Bob, le légendaire rocker lilliputien du Havre — en passant il est meilleur que Johnny H. dans le genre —, qui lui aussi a subi l'outrage des ans (sa voix ne s'en ressent pas et se bonifie). Ça fout vraiment le blues, toute cette vieillesse et cette décrépitude, cette nostalgie rétro de Kaurismaki pour un monde croupi et figé dans le formol. Evidemment le cinéaste oppose à ce monde presque englouti la vitalité d'un sans-papiers africain d'une quinzaine d'années (enfin, vitalité, c'est vite dit). Pour ma part, cela m'a semblé un alibi politiquement correct. Je ne parle pas du film en soi, poussif, pour ne pas dire asthmatique. Il y a là comme un symptôme de fin d'un monde… (d'après certains observateurs politiquement corrects il ferait un parallèle entre régime de Vichy et régime actuel).
Finalement, le bon Kaurismaki de l'année, c'est La Fée, de Abel, Gordon et Romy. C'est aussi tourné au Havre, il y a aussi des sans-papiers, l'esthétique est kaurismakienne, mais c'est plein de verve et de folie. Kaurismaki, lui, est ensuqué par l'alcool. Il ne bouge presque plus.

14.10.11

APPLI BÉLA

Béla Tarr m'a légèrement déçu avec son Cheval de Turin, qui n'est pas une caricature de son œuvre mais une sorte de synthèse très (trop) dépouillée. Comme un art poétique a posteriori. Ou bien, pour être plus contemporain, la version "appli" de son cinéma, c'est à dire un film réduit à une icône, au sens informatique. Le cheval de Turin est l'icône du cinéma de Béla Tarr, c'est à dire qu'il est réduit à son image ; ce film tient tout entier dans l'image. On devrait pouvoir en faire sans trop de problème le logo. Bref, ça n'est que beau. Le film commence un peu à décoller (vers l'étrange) avec ses fausses fins, ses bizarreries terminales qui l'emmènent vers la métaphysique. Mais je n'ai pas ressenti le frisson habituel. Quelque chose m'a manqué. Une épure trop pure.

12.10.11

TINTIN POUR TINTIN

Je sors juste d'une gnomerie sans nom, le Tintin supervisé par Spielberg (réalisé c'est un bien grand mot). Je ne m'attendais pas à une telle bouillie. Non seulement c'est de la 3D en 3D (relief + animation numérique réaliste) — effet tautologique et torture oculaire —, mais ils ont mélangé n'importe comment trois albums de Tintin et rajouté des séquences d'action à gogo (comme s'il n'y en avait pas assez). On (ça) frôle l'apoplexie. Dans le dossier de presse, une perle : "Pour réaliser Les aventures de Tintin - le secret de la licorne, le mot d'ordre initial a toujours été la fidélité”. Le mot d'ordre de qui ? De Spielberg ? En tout cas si le mot d'ordre de Spielberg à son épouse est la fidélité et qu'elle se comporte comme son équipe, il a du souci à se faire.
S.S. n'a rien compris au charme de Tintin. Il a loupé un des plus beaux détails/indices/jeu-de-mots du Secret de la licorne, d'une élégance rare. Voir ci-dessous :