6.5.11

SAV

Envoyé mon film Crime au cinéma Nova de Bruxelles et au site VOD MUBI (ex The Auteurs). Pas de nouvelles. J'aime pas trop faire le service après-vente, mais c'est un peu pour meubler, et c'est très ponctuel. Pendant ce temps mes ex-acteurs font leurs films : le Ossang est sorti, le très beau Dharma Guns. Eva Ionesco présente son My little princess à Cannes. Je dois avouer que je ne l'ai pas encore vu (il y a eu quelques projections privées), mais ça ne saurait tarder. (Dire que je l'apercevais au Palace jadis quand elle avait 15 ans. La seule de la bande avec qui j'ai eu quelques atomes crochus à l'époque était Edwige, la plus belle punk ever.) Quant à Philippe Petit, l'acteur principal de Crime, il joue un petit rôle dans le film d'Eva. En ce moment il est en train de monter un documentaire qu'il a réalisé, Danger Dave, sur un skateur belge. Je pense qu'on va en parler. Ça a l'air assez destroy. Cela dit, ce montage dure des siècles et Philippe veut encore tourner des séquences. Aux dernières nouvelles, il est parti (ou va partir) aux Etats-Unis, à Portland et Seattle, pour filmer d'autres plans avec David Martelleur (le skateur en question). Cette manie du voyage…
Danger Dave

5.5.11

ÉLISE OU LA VRAIE VIE

Incroyable mais vrai : une attachée de presse de cinéma (que je connais), Elise Girard, a réalisé un long métrage, Belleville-Tokyo, pour raconter comment elle a été larguée par un critique (que je connais aussi) quand elle était enceinte de lui. Pourquoi pas, mais je ne voudrais pas être à la place de ce critique qui en prend plein la gueule dans le film par personnage interposé, alors qu’elle n’apparaît que comme une simple victime. Le pire c’est que j’ai tendance à la croire. Ce qui me gêne n’est pas ça. A priori aucun grand film n’est autobiographique (je n’ai aucun exemple réussi en tête et ceux qu’on va me citer sont ceux que je n’aime pas), mais le problème n'est pas là non plus. On peut toujours raconter sa vie, ce n'est pas défendu. Ce qui est gênant c'est quand ça devient un pis aller, un palliatif, une manière de régler un conflit privé, voire une manie exhibitionniste. C’est souvent la limite de ce qu’on a appelé l’autofiction en littérature (Christine Angot & co), veine dans laquelle Elise Girard s'inscrit clairement. Trop de réalisme tue le réalisme. Là, cela dépasse l’entendement. En plus, Elise figure dans certaines scènes avec l’actrice qui joue son propre rôle (Valerie Donzelli). Elle va jusqu'à reproduire certains détails infimes. Comme par exemple la panoplie vestimentaire de Jean-Max Causse, un des patrons des Studios Action pour qui elle a travaillé, dont le rôle est joué par Philippe Nahon (d'ailleurs des scènes sont même tournées au cinéma Grand Action, depuis racheté par Jean-Pierre Mocky). A ce stade, les bras m’en tombent. Ça fait penser à la fois à Arnaud Depleschin qui s’était, dit-on, inspiré de Marianne Denicourt dans Rois et reine, et au livre de Marianne Denicourt, Mauvais génie, où elle reprochait à Depleschin d’avoir fait de sa vie une fiction. Après il faudrait regarder le film de Elise Girard avec un regard plus objectif, en tant qu’œuvre d’art. Là, je ne me prononce pas pour l’instant, même si ça correspond à ce type de cinéma français auquel je me sens étranger, précisément parce qu’il ressemble trop à ce que je connais dans la vie. Ça a toujours été un mystère pour moi. Comment peut-on aimer les films de Doillon si notre vie ressemble aux films de Doillon ?

3.5.11

L'ENNUI DU CHÂSSEUR

Comme tout le monde je me suis fait avoir un jour par La Nuit du chasseur. Le noir et blanc bien contrasté, la figure de Mitchum, “Childreeeeeeeen !”. La nuit, les enfants. J'aime (toujours) les séquences subaquatiques avec Shelley Winters. Très beau. J'aime également le personnage de Lillian Gish, style grand-mère courage. Mais c'est parce que j'ai un faible pour elle. Le reste…
me semble maintenant aussi puant et faussement poétique que Jeux interdits de René Clément. C'est du même tonneau. Et puis le noir et blanc. Franchement, même ça il y en a trop. Le costard de pasteur de Mitchum, le tatouage LOVE/HATE sur les doigts. On va me dire que ce manichéisme est déjà présent dans la Bible. Oui, mais la Bible est la Bible : un vieux grimoire primitif destiné à des peuples primitifs. Là, le AMOUR/HAINE bien asséné par Mitchum qui en rajoute dans la grandiloquence croque-mitaine (et les grimaces : voir photo), c'est soûlant. Les enfants aussi c'est soûlant. Attendrissants, victimes, innocents, forcément charmants et poétiques. Beurk. La fausseté du décor naturel (studio). Les animaux filmés en gros plans (grenouilles, etc.), ça en rajoute dans le côté Walt Disney. Bref, c'est ça : La Nuit du chasseur c'est un conte gothique version Walt Disney (Bambi in black), mais sans le côté un peu cynique et décalé de Tim Burton dans ses bons films (Batman returns, Edward aux mains d'argent). C'est du gothique bêta pour grands débutants, même pas digne de la série sixties Addams Family. Mitchum, lui, a fait bien mieux, par exemple La Vallée de la peur de Walsh ou Pendez-moi haut et court de Tourneur… ------------------------------------------------------------------------------------------______________________________
----------------------------------------------------------------------------------------------- Bob fait le guignol

27.4.11

FRENCH SERIES

Dans une publication que je fréquente parce que j'y écris je viens de survoler l'inévitable et inénarrable dossier — quasiment un marronnier — sur les séries télé françaises, où l'on nous dit qu'elles ne vont pas très bien mais qu'elles se soignent. On nous raconte que si elles ne marchent pas et ne sont pas assez réussies c'est par manque de moyens et autres blagues. Les vraies raisons ce sont 1. la bureaucratie, 2. des schémas moyenâgeux. Je ne dis pas que je sois un expert dans ce domaine. Déjà je ne me pâme pas sur la moindre série US. Mais j'ai vu quelques épisodes des Beaux mecs, et il était évident pour moi que c'était complètement à la masse. Pourquoi ? A cause du folklore franchouillard qu'on nous y refile en douce : toute cette partie rétro sur la pègre de papa ; le bon temps des tractions et tutti quanti. Quant à la partie contemporaine, c'est bien tenté, mais désolé, on a déjà vu ça mille fois dans des films de cinéma. Déjà pour concurrencer les Américains, il ne faudrait pas se mettre sur leur terrain (exemple : le polar). Ensuite faire table rase du passé et du patrimoine culturel, qui est un des principaux boulets de la télé française depuis les années 1960. Il vaudrait mieux partir d'autre chose. Je sais pas moi, une série sur les mésaventures d'une équipe de tournage de reality show ; la vie d'une équipe de foot… Les idées ne manquent pas. Cela dit, sur le papier, la série Xanadu d'Arte, sur une famille de producteurs de films pornos, semble aller dans le bon sens, d'autant plus qu'un de ses réalisateurs est Podz, alias Daniel Grou, qui fut aux commandes de Minuit, le soir, excellentissime série québécoise sur la vie d'une boîte de nuit de Montréal. A vérifier…

25.4.11

ARNAQUE AUSTEN

Poursuivant ma quête du roman gothique parfait, j'ai eu la mauvaise idée de lire (en anglais) Northanger Abbey de Jane Austen, qu'on présentait comme une satire du genre. “Northanger Abbey", dit la quatrième de couv, "is Jane Austen's amusing and bitingly satirical pastiche of the "gothic" romances popular in her day". Or, non seulement ce n'est pas drôle du tout, mais ce n'est même pas une satire du roman gothique. Tout au plus l'héroïne, une oie blanche nommée Catherine Morland, lectrice assidue de ce type de romans, imagine-t-elle à tort que le père de l'homme dont elle est éprise a fait ou laissé mourir la mère de celui-ci. Le reste n'est que billevesées d'oies blanches au bal, d'amoureux qu'on n'arrive pas à rencontrer et d'importuns qui vous pompent l'air. Austen écrit certes extraordinairement bien, mais ses maniérismes infinis me hérissent. Pas autant que Ce que savait Maisie, le livre le plus ennuyeux de Henry James (dont j'adore Le Tour d'écrou et apprécie Princesse Casamassima), mais c'est tout de même étouffant. Ouf, j'en suis sorti. Je voulais tout de même aller au bout pour savoir si ça ne se gothisait pas un peu in fine. Que nenni. L'épisode gothique est quasiment amovible du livre.