7.9.10

LE PIPEAU DE XAVIER PETITMAITRE

Rétrospectivement, je suis content de ne pas avoir trop écrit sur J’ai tué ma mère de Xavier Dolan. Je m’étais fait avoir comme tout le monde car il y avait un fond sincère quelque part. Un an après il sort déjà un deuxième film, Amours imaginaires, sur lequel certain se sont extasiés à Cannes. Pour moi, c’est déjà beaucoup plus bidon. A peu près l’équivalent québécois de notre Christophe Honoré. La seule chose qu’on puisse dire c’est que ça fait cinéma. Pauvre petit Dolan qui imite encore plus In the mood for love de Wong Kar Wai en associant cette fois systématiquement ralenti et musique élégiaque. Recette indigente pour un film gnangnan au dernier degré où les personnages sont obsédés par leur look et font constamment des mines hypocrites. Maniéré et clinquant. La série québécoise Les Invincibles était moins stylée, mais infiniment plus forte sur le plan romanesque. ((Vivement Kaboom de Araki, qui a 50 ans, mais a des choses plus percutantes à dire sur la jeunesse et l’amour.))
Fortunately, I'm glad of not having written too much about I killed my mother by Xavier Dolan. I was owned like everyone else because there was a sincere background somewhere. A year later he releases a second film already, Amours imaginaires, about which some were ecstatic at Cannes. For me, that's much phonier. Roughly the Quebec equivalent of our Christophe Honoré. The only thing we can say is that it looks like cinema. This time poor little Dolan mimics even more Wong Kar Wai's In the mood for love by overusing slow-motion and elegiac music. Recipe for a pitiful repetitive pantomime where the characters are obsessed with their looks and always making hypocritical faces. Precious and showy. The Quebec series Les Invincibles was less stylish but much stronger in terms of romance. ((Impatient to see Kaboom of Araki, who maybe 50, but has more compelling things to say about youth and love.))

4.9.10

PETITE ANNONCE PRE-HIVERNALE

Cherche figurants/acteurs pour mon film Neige, à tourner entre décembre et mars.
Le tournage durera au plus deux jours et aura lieu soit dans la région parisienne (hypothèse basse), soit dans la région de Limoges (hypothèse haute), vraisemblablement à Oradour-sur-Glane.
Ce long métrage sera quasiment improvisé (pas de scénario, mais des indications de tournage). Les acteurs seront libres d'improviser leurs dialogues, mais pas leurs mouvements. Ils seront costumés par mes soins. D'ailleurs il n'y aura pas d'équipe technique, à part moi-même à la caméra (et éventuellement un assistant). Les personnages arpenteront la neige dans différentes directions et se parleront (ou pas).
Les acteurs ne doivent pas être professionnels. Il seront au nombre de cinq ou six, de physique indifférent. Dans l'idéal il faudrait un homme et une femme âgés (60-75 ans), un jeune couple, deux hommes de 30 ans et quelques.
Le film étant tourné sans aucun budget, je ne pourrai financer qu'une partie des dépenses (billets de train et une partie de la nourriture). Dans l'éventualité d'un tournage aux environs de Limoges, il faudra prévoir un hébergement (hôtel ou autre) dont je ne pourrai pas assumer les frais. Les propositions chez l'habitant sont les bienvenues.
Si vous voulez en savoir plus, me contacter…
(P.S. Je rappelle que j'ai déjà réalisé le film Crime, sorti cette année en juin)
N.B. La condition essentielle pour ce film est la présence de neige.
I will not translate this text - which is just an ad for French speaking people living in France.

LES ENFANTS DE NAZIS FONT DU ROCK

Je ne vais pas en faire une tartine parce que de toute façon je n’adore pas la musique de German Oak. Mais on ne peut pas être indifférent à l’ambiance hypnotique de leurs instrumentaux entêtants de 1972… La fascination marginale et posthume qu’exerce ce groupe maudit — affilié au krautrock comme tout ce qui portait cheveux longs et guitare électrique (et synthé) en Germanie dans les années 1970 —, est aussi liée à ses titres, ses pochettes et autres détails. Il est clair et net que si ces jeunes Allemands n’étaient pas ouvertement des nazis et si leur musique n’était pas martiale, ils jouaient constamment avec l’imagerie afférente. D’après la pochette au lettrage cryptique, ces jeunes babas confus ont enregistré leur disque live dans un abri anti-aérien (Luftschutzbunker) de Düsseldorf — ville dont est issu Kraftwerk, le groupe à succès allemand de l’époque. D’où la réverbération et la sonorité médiocre des morceaux, qui ajoutent à leur faculté d’envoûtement. Dans ce bunker, dit la pochette, “on entendait les chuchotements des fantômes du passé. Il y avait eu la peur, le désespoir, mais aussi l’espoir”. D’après Julian Cope, musicien anglais qui a écrit un livre sur le krautrock (appellation débile qui veut dire littéralement « choucroute rock ») ces jeunes gens n’auraient vendu à l’époque qu’une dizaine d’exemplaires de cet album orné d’une silhouette de soldat allemand et dont les titres étaient : Airalert, Down in the bunker, Raid over Düsseldorf, 1945 – Out of the ashes. Depuis, German Oak (qui signifie “chêne allemand”) est devenu une légende presque rentable (on vend même leurs t-shirts sur Internet), bien qu’on ne trouve qu’une seule photo du groupe. On a sorti il y a quelques années leur album en CD agrémenté de trois inédits aux titres encore plus croustillants: Swastika rising, The third reich (truffé d’extraits de discours d’Hitler) et Shadows of war (idem). Ensuite est paru un autre disque (plus difficile à trouver), intitulé Nibelungenlied, aux titres se référant tous à la tétralogie wagnérienne. Il semble qu’il s’agisse de répétitions enregistrées à la même époque. C’est plus monotone que le premier à mon sens (et évidemment sans rapport avec la musique de Wagner). Pour certains, German Oak est l’ancêtre du black metal. Moi j’entends des intonations annonçant Nirvana. D’autres décèlent des influences funk/jazz. Toujours est-il que cette bizarrerie du rock allemand des seventies ne fera pas oublier les essentiels : Kraftwerk, Can, Neu !, et Faust…

I'm not going to make a big fuss about German Oak because anyway I don’t worship their music. But one cannot be indifferent to the hypnotic ambience of their instrumentals... The fascination exerted by this marginal doomed band — affiliated to the "krautrock" as well as all who wore long hair and electric guitars (and synths) in Germany in the 1970s — is also due to the titles of their songs and graphics of their records. If these young Germans were not openly Nazis and their music was not martial, they played constantly with this creepy imagery. According to the sleeve, these young confused hippies recorded their album live in an air-raid shelter (« Luftschutzbunker ») in Düsseldorf — city from which also came the more successful Kraftwerk. Hence, the reverberation and mediocre sound of these pieces, which adds to their spellbinding quality. On the sleeve notes it says : "The ghosts of the past whispered. There was fear, desperation but also hope”. According to Julian Cope, British musician who wrote a book on Krautrock, these young people had not sold then more ten copies of that record adorned with a silhouette of a German soldier and whose titles were: Airalert, Down in the bunker, Raid over Düsseldorf, 1945 - Out of the Ashes. Since then the legend has been almost profitable (they even sell German Oak T-shirts online). But there is stil only one photo of the group on the net. A few years ago the album came out on CD with three explicit unreleased tracks : Swastika Rising, The Third Reich (with excerpts from speeches of Hitler) and Shadows of War. After another album (harder to find) was published, entitled Nibelungenlied, referring to the Wagnerian tetralogy. It appears that it was the fruit of some rehearsals recorded the same year. It's more monotonous than the first album (and obviously unrelated to Wagner’s music). For some, German Oak is the ancestor of black metal. Myself, I can hear some visionary hints of Nirvana. Others detect funk / jazz influences. Still, this peculiar item of the German rock of yore will not shadow the true masters : Kraftwerk, Can, Neu!, and Faust...

2.9.10

A CALIFOURCHON

En visionnant ces deux téléfilms futuristes de Rainer Werner Fassbinder (Le monde sur le fil) datés 1973, je me suis aperçu d'une chose qui peut distinguer les films anciens des récents : les postures. Dans ce film en deux parties, on parle beaucoup, surtout le héros, Stiller, qui dirige la prospective cybernétique et informatique dans une grande firme (il a co-inventé une sorte de Second Life avant la lettre). Je ne vais pas aborder le film lui-même, simplement le fait qu'en discutant avec ses interlocuteurs, ce personnage (et d'autres) se met dans toutes sortes de positions peu naturelles. Il est souvent côte à côte avec celui à qui il s'adresse (classique), rarement face à face. Parfois il marche en parlant à des gens immobiles. Dans un bar, il fait le tour du comptoir, circulaire, pour continuer à bavarder de l'autre côté. Le plus bizarre c'est dans un bureau où il se trouve avec son patron et une huile du gouvernement ou de l'industrie. On a l'impression qu'il sort en pleine discussion car il pousse une porte, puis une autre, puis une autre, etc.. Mais il revient dans la pièce par un autre côté et poursuit la conversation. Dans une autre scène, lui et son patron gigotent sur des chaises de bureau qu'ils font tourner sur elles-mêmes. Ce côté agité et enfantin est peut-être censé aérer la mise en scène, mais à mon sens c'est ce qui est le plus daté. Un mec qui court en tous sens en parlant à quelqu'un qui est assis a quelque chose d'enfantin. C'est comme cette manie qui était jadis un cliché des polars (français ?), celle du flic s'asseyant à califourchon sur une chaise (à l'envers face au dossier) pour questionner un coupable. Sans doute pensait-on que ça faisait viril (enfin, je suppose). Ça n'était que ridicule. Heureusement, on ne voit plus ça. Les chaises ont changé de forme. Et notre époque a des défauts, mais au moins elle est plus sobre, moins chiquée.
Watching those two Rainer Werner Fassbinder's futuristic films of 1973 (World on a wire), I noticed something that can distinguish new movies from old flicks : the postures. In this two part movie they talk a lot, especially the hero, Stiller, who deals with prospective cybernetics and computers in a large firm. I will not discuss the film itself, just the fact that when people talk in the film they have all sorts of unnatural positions. Stiller is often side by side with his interlocutor, talking at him without looking (classic). Sometimes he walks while talking. In a bar, he walks around a circular counter and goes on talking from the other side with the people he met there. The strangest sequence is set in an office where he and his boss are meeting a hot shot from the government or the industry. Stiller seems to go out in the midst of a discussion : he opens a door, then another, then another, etc. But then he comes back into the room from another side and keeps on talking. In another scene he and his boss turn around endlessly in their office chairs. This restless and childlike attitude may be used to aerate the staging, but in my opinion it is what dates the film. A guy who runs in all directions while talking to someone who is sitting is annoying. It's like a mania that was quite common in (French?) thrillers : cops used to sit astride a chair while questioning a suspect. Supposedly it was a manly pose (well, I guess), but it was also ridiculous. Fortunately, it doesn't seem to exist anymore. Chairs have changed. Our time has faults, but at least it is more sober, less fake.

1.9.10

LE MIROIR DU FUTUR

Il y a quelques années Sarkozy racontait qu'en se rasant le matin devant sa glace il pensait à son radieux avenir présidentiel. Moi je ne vise pas si haut : ce matin en me rasant je pensais à ce film (totalement improvisé) que je veux tourner dans la neige et dont je parle depuis deux ans. Cette année est la bonne. Je n'attends plus que la neige. Le reste est une formalité.
A few years ago Sarkozy told that while shaving in front of his mirror in the morning he thought of his brilliant presidential future. I am not aiming so high: this morning when I shaved I thought of this movie (totally improvised) that I have been wanting to shoot in the snow for at least two years. This year will be the right one. I am just expecting the snow. The rest is simple.

LE SANDWICH DE M. DUCASSE

A midi j’ai mangé chez Alain Ducasse, le grand cuisinier super-étoilé. En fait j’ai goûté un sandwich de sa Boulangépicerie du boulevard de Courcelles. Un sandwich au poulet qui m’a coûté au moins le double de l’équivalent dans une boulangerie de mon quartier. Est-ce que ça le valait ? Ah ça non ! Franchement, Alain Ducasse vos sandwiches sont nuls. Le pain correct mais assez dur. Le contenu, une mélasse sans saveur. Je crois qu’on annonçait de la moutarde. Je ne l’ai pas sentie. Le seul goût qui dominait c’était la tomate. Assaisonnement zéro. Ça n’est guère mieux que dans la chaîne de restauration Paul. Et beaucoup plus cher. Bref, à côté de Lina’s et ses bons sandwiches sur mesure, toastés ou non, ou Angelina, où j’avais acheté un excellent sandwich au poulet il y a quelques années, Alain Ducasse fait pâle figure. Je vous fais un sandwich au poulet vingt fois meilleur et goûteux quand vous voulez. L’autre jour, j’ai entendu Ducasse se vanter à la radio de l’éventail de ses prix, allant selon lui de 7,50 euros pour un plat dans sa Boulangépicerie à 300 euros dans un de ses restos qui ne doivent pas être si terribles. Honnêtement c’est du flan, du marketing. Le plus remarquable c’est les costumes du personnel, leur amabilité. J’ai adoré le papier d’emballage argenté du sandwich. Magnifique. Un chef digne de ce nom qui prétend proposer des sandwiches démocratiques se doit également de veiller à leur qualité gustative, qui devrait être exceptionnelle. C’est loin d’être le cas.

Today I ate at Alain Ducasse's, the star-studded chef. In fact I ate a sandwich from his boulangépicerie boulevard de Courcelles. A chicken sandwich that cost me at least twice the price of the same at a bakery from my neighborhood. Was it worth it ? Certainly not ! Frankly, Alain Ducasse sandwiches are zero. Bread OK, if you like a strong and resistant crust. The contents, no taste. I think they announced some mustard. I did not sense it. The only flavor that I could notice was the tomato. Seasoning zero. It is not much better than in the pastry chain Paul. And much more expensive. In short, next to Lina's made-to-order American style fresh sandwiches, toasted or not, or Angelina, where I bought once an excellent chicken sandwich, Alain Ducasse is a joker. I will make you a tastier chicken sandwich anytime. The other day I heard Ducasse on the radio pretending he could feed people superior meals from 7.50 euros in his boulangépicerie to 300 euros in one of his restaurants. Honestly it's pure marketing. The most remarkable in the bakery are the costumes of the staff, their politeness. I especially loved the silver paper wrapping my sandwich. Magnificent. A chef worthy of that name who claims to offer democratic sandwiches must provide outstanding products. This is not really the case.